Archive pour août 2010
Silence
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
Le tonnerre se fracasse et remplit tout l’espace
D’une battue sans vertu sur mon terrain de chasse.
Ce tumulte me tue, tout ce bruit m’assourdit,
Que tout ce raffut cesse, ce remous m’étourdit.
Et petit à petit, que ce cri s’insinue
Dans les moindre recoins, comme une vierge ingénue
Se répandrait entière dans le désir d’Adam,
Cette inquiétude en moi brûle d’un feu ardent.
J’ai pourtant tout donné pour que repose en paix
Ce frémissement tendre, cette impassibilité ;
Pour que tout cet émoi ne soit importuné.
Mais voila qu’à nouveau, tu viens faire turbulence,
Affirmer violemment cette terrible absence…
Et laissant pour tout mot que le son d’un silence.
Thym
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
Elle nous prend par la main et nous conduit là bas
Au delà du jardin dans la forêt piquante.
Et nous la suivons loin, elle mon frère et moi,
Nous allons y cueillir, notre épice manquante.
Jérémy est petit, moi un peu moins que ça,
Je ne sais pas pour lui mais quelle joie pour moi,
Partir à la recherche de la fameuse plante
Dans une course épique à l’issue palpitante
Là voilà je l’ai vue ! J’aimerais l’arracher…
Doucement, me dit-elle, tu dois la préserver.
Rentrons à la maison, faire parler ce butin.
J’entends l’eau qui frémit et j’attends la magie,
Sous mes yeux ahuris le sortilège agit,
Mamie a changé l’eau en tisane de thym.
à ma Mamie France.
Danse
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
Dissimulé derrière un ami ce soir là,
J’étais à des années d’imaginer que moi,
Petit homme aligné à l’ombre d’un poteau,
Irai dans la lumière, faire verso recto.
Sans te faire deviner, à mi incognito,
Te voilà toute entière à me tendre un plateau
Et ta main en cuillère pour m’emmener là bas
Sur mes deux pieds régner, me faire gouter tes pas…
Me souligner tes hanches d’un élan révolté,
Me saouler de tes mèches dans une valse entêtée.
Pris sous cette avalanche d’élégantes tendances
J’ai glissé dans la brèche, oui mais devrais-je oser ?
Quand bientôt tu te penches, et me vole un baiser,
Plus rien ne nous empêche, de danser notre danse.
Ma muse
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
Sans donner l’impression qu’elle a le moindre doute,
Elle donne ses secrets, en public, elle s’en moque,
Elle est comme ses idées, sans aucune équivoque,
Elle fait partie des gens qui vous montrent la route.
Si lorsqu’en moi discret, le mouvement se bloque ;
Si après l’ascension, privé de clé de voute,
Démuni, indigent, je tombe goutte à goutte,
Elle est là pour m’aider, me remonter à bloc.
Elle fera revenir ce que j’ai oublié,
Car elle sait mieux que moi ce que je sais déjà
Elle me choisi artiste quand j’ai la vie confuse
Errant sans avenir, avec pour seul allié,
Ce que je suis déjà, ce qu’elle a fait de moi,
Pour la vie un artiste qui a choisi sa muse.
Jeu
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
Tu as soigneusement prémédité la carte
Qui a fait de moi, Roi, te conquérant, toi, Reine.
Dans mes bras, tu t’étales, telle ma souveraine,
Doucement, tu m’embrasses, quand soudain, tu t’écartes.
Te revoilà enfin, promenant ta pancarte
« Je te veux chevalier, envahi mon arène ! »
Et puis non, tu détales. Mais où tout ça nous mène ?
J’ai à peine eu tes grâces qu’aussitôt elles repartent…
Ne te rends-tu pas comptes, que je suis fou de toi ?
Mes espoirs se démontent, peu à peu se nettoient,
Le rouge se fait blanc et tous tes mots, courtois…
J’ai tout misé voilà, sans mesurer l’enjeu…
J’aurai dû, oui, sans honte être plus courageux
Et te dire que pour moi, ce n’était pas un jeu.
Combien
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
C’est idiot quand j’y pense, c’est bien vrai après tout,
À quoi bon s’acharner à tant vouloir cerner
Les choses qui par essence ne peuvent exister
Que sans extrémités, libérées de tout bout ?
Quel est donc l’intérêt, de vouloir calculer
Toutes circonférences, du plus petit caillou
Au plus gros des rochers, jusqu’à devenir fou
Oublier les distances, s’éloigner, perdre pied…
Jusqu’où je puis aller sans trop m’abandonner ?
Quelle valeur, quel prix doit-on attribuer
À ce qui apparaît ne représenter rien ?
Ce n’est qu’une fois perdu ce que l’on m’a donné
Que j’ai enfin compris. Qu’au lieu de tout compter,
J’aurais mieux fait d’aimer sans me soucier combien.
Eau
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
Je me souviens t’avoir poussé dans ton sommeil,
Je t’ai troublé je crois et tu as été froide.
Tu as glacé mon sang comme une piqûre d’abeille
Et figé dans l’effroi mes mouvements nomades.
Mais moi je veux te boire, d’une ardeur sans pareille,
Ressentir sous mes doigts la peau qui se torsade
Et ton désir pressant qui se noie, s’émerveille ;
Sent ma peau sous mon poids, mes mains qui se baladent.
Doucement je t’entends, murmurer que tu m’aimes,
J’entre en toi lentement et l’on vogue en tandem,
Tu es vague et velours ondulant sur mon dos…
Est-ce pour toi autant que pour moi un baptême ?
Vivre aussi fortement le sentiment extrême,
D’être envahi d’amour, comme submergé d’eau.
Décrire
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
À toi l’aveugle qui n’est pas armé pour voir
L’invisible à l’œil nu, le lointain du regard,
J’aimerais te donner la lecture que mon âme
A fait du paysage et de toute sa gamme.
J’aimerais tellement, avec tous ses égards,
Dire la vérité nue et sans la décevoir,
Prononcer là pour toi tout ce bel amalgame
De vie, de beau, d’images, te donner le sésame.
Mais à peine à la porte, ma nuée d’épithètes
Se transforme en cohorte sur le point de mourir…
Livrer l’ultime affront de tout anéantir.
Et sorti de mon front, même si j’étais poète
Aucun mot d’aucune sorte ne pourrait convenir.
On ne fait que détruire, en voulant tout décrire.
Vide
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
C’est comme poser le pied sur la glace naissante.
Elle saisi l’orteil comme serre un étau,
Elle surprend la voûte comme les dents d’un râteau
Caché sous un manteau, attendant six heures trente.
C’est comme un peu le feu et ses lames dansantes
Qui échappent ses flammes comme piquent les couteaux
Et consument le doute d’être en vie aussitôt
Que le soleil brûle un sommeil de tourmentes.
Qu’est ce qui me porte peine ? Est ce de me sentir seul,
Quand au bout de mes rêves, je me réveille humide,
La nuque endolorie, sur la joue, quelques rides ?
Il n’y a là sur la scène, que douleurs et linceuls
Et mon âme qui crève laissant mon corps livide
Quand je découvre alors que tu laisses un lit vide.
Sept ans
Posté par Xavier Aliot dans Poèmes le 23 août 2010
Je suis mort quatre fois. Après m’être essayé
À maintenir en l’air, loin du sol, mes deux pieds…
Rendu à l’évidence, je n’avais pas non plus
Le pouvoir de faire vivre un parent disparu.
Puis débattre je crois m’amenais tout entier
À découvrir ma voie, là, autour du papier.
Mais voilà qu’au passage, j’ai donné le salut
À cette drôle d’idée que mon père a tout su.
Puis j’ai roulé ma bosse, découvert qu’au printemps,
Les filles sont jolies et que mon cœur s’emballe !
Que pour ma mère aussi, mais plus vraiment autant…
Enfin je la sais fausse, l’illusion qui s’étend
À me maintenir jeune, je sais l’issu du bal.
Je suis mort quatre fois, une fois tous les sept ans.

