Archive pour janvier 2010

On a retenu le verlan et la casquette, mais on a oublié tout le reste…

Nadine Morano, commentaire de Texte,
ou l’idée d’une identité dérobée.

Le 31 janvier clôturera (enfin) le grand débat sur l’identité nationale. Au lendemain de l’émission d’Arlette Chabot « À vous de juger » offrant la tribune à Eric Besson, où la gauche, en la personne de Vincent Peillon, a remarquablement fait noter son absence, j’ai voulu apporter ma contribution à cette mascarade joviale en essayant pour ma part de commenter la réponse que Nadine Morano avait faite à un jeune habitant de Bugnéville lors d’un débat organisé pour l’occasion à Charmes, dans les Vosges, le 14 décembre 2009. C’est donc en citoyen français, sans prétention autre que de se confronter à l’exercice, que j’ai décidé de transcrire l’intégralité de cette réponse et de vous en proposer la lecture et le commentaire, respectant ainsi le souhait même de la Secrétaire d’État à la Famille et à la Solidarité, elle qui tenait absolument qu’on replace dans son contexte la formule devenu fameuse selon laquelle elle ne voulait pas qu’un jeune musulman parle verlan, la casquette à l’envers, etc. Le commentaire, j’en conviens est plutôt facile à faire, en effet la méthode que j’emploie, repondre par écrit à une prestation orale non préparée, n’est pas très régulière, l’oralité a ses contraintes (improvisation, spontanéité) que l’écrit n’a pas (réflexion, recul, choix pondéré des termes). Cependant, il m’a paru trop important de revenir précisément sur ce qui a été dit, tellement l’argumentaire déployé m’a semblé révéler à quel point ce débat pouvait être incongru. À ma décharge et sans doute pour me permettre de justifier cette analyse peu orthodoxe, il faut cependant rappeler que l’exercice oral est tout de même assez fréquemment pratiqué par les hommes et femmes d’état,à l’instar de Nadine Morano, ils sont en effet habitués à parler en public et savent qu’ils devront de leur prestation en assumer la portée et le contenu. Le commentaire d’une réponse orale « sur le vif » peut également apporter un éclairage flamboyant sur la pensée de son auteur, comme on peut dire que les mots trahissent la pensée, on dirait tout aussi bien qu’ils la révèlent d’une façon évidente. C’est donc en reprenant l’intégralité de cette fameuse réponse « verlan, casquette », et en m’autorisant le commentaire que j’apporte ma pierre a cet épisode de politique française qui n’aurait peut-être jamais dû voir le jour.

Ma source est officielle puisque publiée par la minsitre elle même via son compte perso sur youtube :

http://www.youtube.com/watch?v=BgPdqhfiTQI

Il s’agit d’un extrait vidéo, à la qualité sonore parfois médiocre, qui commence alors qu’un jeune homme est en train de poser une question. Nadine Morano, visiblement embarrassée mais volontaire par la posture, se lève et prend la parole. L’attitude est louable, la question, dénotant un racisme primaire, impose une réponse immédiate de la part d’un républicain qui se respecte. Quelle était la question ? La vidéo étant tronquée, on ne dispose que de sa fin, en voici la tenue :

…de vous rappeler une petite parenthèse sur l’histoire : Charles Martel en 732, il affronta les arabes, et l’armée Omeyyade, de ce dernier Abd el-Rahman occupait la péninsule ibérique, et poursuivait [son] avancée vers le nord des Pyrénées. À partir de 725, ayant déjà le Languedoc ils [mirent] à feu et a sac la ville d’Autun,fin de parenthèse, aujourd’hui [on nous présente une] citation du premier ministre (turc) Racep Tayyip Erdogan : « les mosquées sont nos casernes, les citoyens nos soldats, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes ». J’ai deux questions qui se posent aujourd’hui : qu’adviendra-t-il du futur pour nous, les jeunes, et aussi, est ce que l’Islam a vraiment sa place dans l’identité nationale ?

Là dessus Jean Jacques Gaultier, député UMP élu en 2002 puis réélu en 2007 dans la circonscription des Vosges, vice président et membre du Conseil général des Vosges, lui pose cette question :

— Est ce que vous pouvez juste vous présenter, monsieur, dire ce que vous faites, vous êtes étudiants ? Je n’ai pas entendu votre présentation ?
— Je suis au chômage, je ne suis pas étudiant, je n’ai rien, pas d’argent, pas de permis…
— Vous êtes du secteur ?
— Non je suis à 52 km d’ici.
— D’où ?
— D’un petit village qui s’appelle Bugnéville.

Voilà donc une question, un brin orientée, vous l’aurez remarqué, ce jeune citoyen ne semble pas porter les arabes, musulmans de surcroit, dans son cœur. Expressément inquiet pour son avenir, sentant la menace peser sur son identité française il rapproche sans vergogne l’Islam et l’identité nationale française. Mais a-t-il tord de profiter de cette occasion qu’on lui sert pour prendre la parole et introduire la religion dans un débat républicain ? Revenons sur les objectifs de ce fameux grand débat désiré par M. Besson sous l’impulsion de notre chef d’état. À en croire le site officiel (http://www.debatidentitenationale.fr/organisation/les-objectifs-du-debat.html), il doit entre autre, répondre aux « préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la burqa est l’une des illustrations ». La question de ce citoyen français est donc légitime, bienvenue, oserais-je dire souhaitée, tout va bien, Islam et identité nationale, on est dans le sujet (!).

Nadine Morano va donc entreprendre une réponse, qui, doit-on le préciser, part un peu tout azimut et qui notamment introduit la question de l’immigration, l’amenant peu à peu à définir ce qui selon elle devrait être la conduite du « bon » jeune musulman français. Cependant, il convient à mon sens de ne pas forcément s’appesantir sur cet événement particulier du discours, certes il est médiatiquement largement exploitable, symptomatique d’une pensée cloisonnée à une idée préconçue du jeune musulman français, mais il ne faudrait surtout pas passer à côté de tout le reste. La réponse de la ministre, empreinte je le crois de bonne volonté, traduit néanmoins un travers fatal à l’accession de l’identité nationale française pour les étrangers. Travers qui se traduit par la représentation surabondante et étouffante d’une religion-culture française immiscée induement dans un discours républicain laïque, mais également dans les multiples contradictions de son discours, prônant tantôt l’acceptation de l’autre, donnant dans la foulée des conditions rendant cette accession difficile, voire impossible. J’aurais pu entreprendre de faire un commentaire thématique, mais comme le souhait de Mme Morano était de replacer le discours « verlan, casquette » dans son contexte, j’ai tenu à maintenir la continuité de sa réponse, tout en faisant suivre le commentaire. Un lecteur attentif et honnête aura au préalable écouté l’intégralité de l’extrait vidéo.

Mme Morano se lève et dit :

« Je vais répondre, je vais vous répondre parce que vous êtes jeune, vous avez 19 ans, et j’ai entendu l’histoire que avez déroulée, qui est notre histoire de France, et qui pourrait être aussi l’histoire napoléonienne, parce que nous aussi nous avons eu des conquêtes à travers notre histoire »

Introduction étonnante, mais soit, on ressent l’embarras de Nadine Morano, et à vrai dire comment répondre à ce jeune ? Comment répondre à ce racisme sous jacent cette peur de l’Islam, de l’autre, sans être glacé d’effroi à l’idée qu’à 19 ans, aujourd’hui en France, on puisse faire preuve d’autant d’intolérance, comment peut-on évoquer et invoquer Charles Martel dans ce débat ? À entendre ce genre de propos, on serait tentés de louer l’avènement d’un tel débat, enfin ! Merci MM. Besson et Sarkozy, l’occasion nous est enfin donnée pour tordre le cou à cette ignorance, à ces méprises, à ces craintes infondées qui semblent partagées par nos concitoyens et qui pourrissent les relations entre des gens qui sont par leur nationalité, égaux, libres, frères, qui sont des français chrétiens, des français musulmans, des français athées, des français républicains ! Ceci étant dit, c’est tout de même ce grand débat qui a permis de les exprimer. Il est sans doute un peu là l’embarras de notre représentante de la République, convaincre que ce jeune n’a pas à avoir peur de l’avenir, ni peur de l’autre. Cherchons donc d’autres références que Charles Martel… Napoléon !« Parce que nous aussi nous avons eu des conquêtes », sous entendez-t-elle que Charles Martel n’était pas nous ? Napoléon oui ? Nous c’est qui nous ? Les gaulois, les carolingiens, mérovingiens ? Les monarchistes ? Les empereurs, les Napoléons ? Les républicains ? Admettons, c’est un peu tout ça, Mme Morano choisi Napoléon, bon vieil apôtre du despotisme, mais passons, nous ne sommes pas là pour faire de l’histoire (ou peut-être le faudrait-il ?) mais bien pour parler de l’identité française d’aujourd’hui.

« et à travers votre question se pose aussi l’espérance pour les jeunes de vivre ensemble, alors ce qui est terrible, vous savez moi je… je… »

C’est là que notre secrétaire d’État, embarrassée, cherche un angle de réponse, et tente de projeter dans le désarroi de ce jeune un homme un désir de plénitude sociale et de vivre ensemble, à l’analyse de la question, il s’agit malheureusement de racisme, mais voyons plutôt vers où Nadine Morano conduit le débat.

« votre question m’interpelle parce que, lorsque je vais dans les quartiers, ce qu’on appelle “les quartiers sensibles“, quelque part je pense qu’on doit tous s’interroger sur le fait que des jeunes issus de l’immigration, de la deuxième, voire de la troisième génération qui sont nos enfants puisqu’ils sont nés sur le territoire, ils sont français, (…), alors ils n’ont peut être pas la même couleur de peau, mais ils sont français, et il ne se sentent pas appartenir à la république ou à l’identité nationale. On sent leur trouble de ne pas aimer la France comme certain ne savent plus d’où il sont, c’est à dire ni plus français ni pas français,ni pas de leur pays d’où viennent leurs parents. »

Passons la bizarrerie de la tournure, Nadine Morano nous parle donc ici pour la première fois d’immigration. Il ne me semblait pourtant pas que la question portait sur les immigrés, sur les jeunes, oui, sur l’Islam, aussi, mais l’immigration ? Peut être dans la première partie de la question… En tout cas l’immigration n’est pas reformulée dans les deux questions posées par le jeune de Bugnéville. Mme Morano nous invite cependant tous à nous interroger sur ces jeunes issus de l’immigration, des jeunes qui sont français mais qui n’aiment pas la France et qui en sont troublés, le propos est un peu confus, mais l’idée semble être celle du déracinement qui a traversé les générations et qui aujourd’hui ferait en sorte qu’un jeune citoyen français, issu de l’immigration et de ces quartiers sensibles, ne saurait pas exactement à quelle patrie il appartient, ni la sienne, la France, ni celle de ses parents, leur pays d’origine. Alors d’où viendrait ce trouble ? De quelle nature serait-il ? Serait-ce un trouble naissant de l’incompatibilité d’une origine immigrée d’avec la citoyenneté française ? Par l’exemple de l’intégration pleinement réussie et accomplie de millions de concitoyens qui contribuent chaque jour à enrichir notre culture française, il n’est pas permis de dire qu’il existât une telle incompatibilité, l’universalisme républicains’applique à tous les français, mais également à tous les êtres qui le deviennent, du moins c’est ce que l’école publique m’a enseigné. En tant que représentante de la république, Nadine Morano ne pourrait donner cette définition au trouble qu’elle constate chez ces jeunes des « quartiers sensibles », poursuivons sa pensée en essayant d’apercevoir ce qui pourrait selon elle qualifier ce trouble.

« Je trouve ça triste, parce que la France est un grand pays qui sait accueillir, mais (…) elle a fait des erreurs, et tous, de gauche, de droite, on peut tous se poser des questions, parce qu’on a pas eu le courage de dire les choses en face, parce qu’à un moment on a laissé l’immigration débridée et venir tout le monde, chez nous en France, régulariser massivement en mettant ces personnes, et Dieu sait si c’est difficile vous savez de quitter un pays et d’être déraciné, mais on les a tous, Paf ! Ghettoïsés. »

La France sait accueillir mais a fait des erreurs. L’erreur serait d’avoir débridé l’immigration, on imagine, d’après son propos que les représentants de gauche comme de droite n’ont pas su être assez fermes, sévères, rigoureux quand aux politiques d’immigrations. Le résultat à en croire Mme Morano serait un afflux incontrôlé, un flot d’immigrés pourrait-on dire, et qu’il a fallu nécessairement loger quelque part, et qu’on a donc « ghettoïsé » dans lesdits « quartiers difficiles ». Double faute politique dénoncée par la secrétaire d’état à la famille, politique laxiste en matière d’immigration, on accueille tout le monde n’importe comment et politique de la ville inexistante contribuant à faire de la France un mauvais pays d’accueil en fin de compte. La France est peut-être un grand pays, mais si l’on en croit son argumentaire, et contrairement à ce que la ministre dit, elle ne saurait donc pas si bien accueillir que ça, peut-être parlait-elle de la France terre d’accueil à l’époque de Napoléon ? Ou bien alors d’une idée partagée dans l’inconscient collectif selon laquelle la France est un pays d’accueil, un refuge, une terre d’asile pour des êtres humains persécutés par l’oppression ou la pauvreté, que sais-je ? Cette idée est-elle vrai ? L’était-elle à une époque ? Si oui, l’est-elle toujours ? J’aurais moi envie d’affirmer que oui, n’est ce pas une fierté dont on s’enorgueillit ? Être d’un pays qui protège l’humanité contre l’obscurantisme et qui accueille quiconque désire venir adhérer à ses valeurs humanistes. Mais poursuivons…

« Moi je me disais… Je venais du Haut-du-Lièvre, à l’époque quand j’étais petite, (en désignant une personne dans la salle) et monsieur vous pourrez en témoigner, il y avait quatre familles africaines, quatre, dont une, d’ailleurs, est restée ma meilleure amie, »

Elle est devenue la meilleure amie de la famille ? De la fille d’une famille ? En tout cas tout va bien, pas de soupçons à avoir, elle a une meilleure amie africaine, il y a au moins un témoin.

« et je suis devenue, d’abord vice-présidente à l’assemblée nationale du groupe d’amitié France-Tchad, et à mon deuxième mandat, je suis devenue présidente du groupe d’amitié France-Tchad. Et j’ai beaucoup œuvré aussi, parce que la dernière partie dont je vous ai dit que je vous parlerai sur le développement solidaire, c’est à dire l’intitulé du portefeuille ministériel d’Éric Besson, c’est que nous avons à agir pour une immigration régulée et une immigration humaine. Ce qu’on a fait d’ailleurs, parce que vous savez avant, il y a quelques années, l’immigration lorsque les personne venaient, c’était en très grande majorité sur du regroupement familial fait dans n’importe quelles conditions, on n’était pas obligés d’avoir un emploi, c’est à dire on n’était pas obligés d’avoir un revenu issu de son salaire, on n’était pas obligés d’avoir un logement décent pour recevoir sa famille et on a mis en place des règles pour réguler tout ça, parce que vivre à cinq ou six dans un appartement à deux pièces, ça (ne) pouvait pas être possible. »

L’idée se précise, Nadine Morano prône une immigration régulée et une immigration humaine, spécialement dans son domaine, celui de la famille, l’immigration des membres de la famille d’un citoyen français issu de l’immigration doit se faire selon des critères précis, il faut gagner de l’argent issu d’un travail et ne provenant pas des prestations sociales, avoir un logement décent ce qui à l’en croire n’était pas le cas il y a quelques années. À la limite, si elle le dit, je veux bien la croire, après tout elle est sensée connaître ses dossiers, mais ne devait-elle pas répondre aux questions de ce jeune homme sur l’avenir des jeunes et la place de l’islam dans l’identité nationale ? Sans doute fait-elle de la politique, et profite de la tenue du débat pour faire passer quelques messages publicitaires… Cependant, je ne parviens toujours pas à saisir la place de l’immigration dans ce débat, sur cette question de l’identité nationale ? Peut-être va-t-elle y venir enfin ?

« Et on a concentré les mêmes personnes au même endroit et on a tous fait les mêmes erreurs, et on a jamais voulu en parler, et on se trouve avec des jeunes ayant aujourd’hui des troubles aussi dans leur vie. »

Ah oui ! Donc voilà, la légitimité du débat, on n’en a jamais parlé, c’est l’occasion, et puis revoilà ce « trouble » de ces jeunes issus de l’immigration « ghettoïsés » dans les « quartiers sensibles ». Parlons-en, c’est un débat, heureusement que l’opportunité nous est donnée de parler de ce problème de l’immigration. Mais je me laisse prendre, c’est un débat sur l’immigration nationale ou sur d’identité nationale ? Je ne comprends plus rien ?

« Alors ça n’excuse pas tout, je ne suis pas là pour excuser, je suis là pour essayer de comprendre, parce que je suis à la fois ministre de ce gouvernement, je suis aussi un tout petit peu mère de famille, j’ai trois enfants, et j’aime les gens par définition, et tous, et je vous pose cette question parce que vous qui êtes si jeunes, on sent dans votre question, une espèce de…, voilà, de se dire oui mais l’Islam ou pas l’Islam »

Ah oui voilà…

« on voudrait qu’il n’y ait pas quelqu’un de supérieur à l’autre, c’est à dire qu’un pays qui se doit d’assimiler, même pas d’intégrer, d’assimiler, alors à l’autre de faire l’effort de cette assimilation, »

L’idée est confuse, qui doit assimiler qui ? Le pays se doit d’assimiler l’individu, il se doit d’intégrer un immigré ? Oui c’est cohérent avec ce que dénonçait la ministre sur l’échec des politiques d’immigration et urbaines. Mais j’avoue que ce bout de phrase là : « alors à l’autre de faire l’effort de cette assimilation » je ne le saisis pas intégralement. La France n’a pas su accueillir, a fait des erreurs, mais ce ne serait pas elle la fautive dans l’intégration des immigrés ? Ce qui causerait le trouble de ces jeunes en fait ce n’est pas d’être déracinés ou ghettoïsés, mais de ne pas faire l’effort de s’assimiler à la culture française ?

« à l’autre aussi de faire l’effort de comprendre que nos racines qui sont les nôtres, nos racines françaises sont des racines judéo-chrétiennes. Nos racines, c’est dans ma circonscription 181 communes, près de 200 clochers, et Jean-Jacques (Gaultier,) pourrait dire exactement la même chose, »

Echo, « nos racines françaises sont judéo-chrétiennes », mais de quelle France parle t-on ? Est ce une ministre de la république qui vient de dire cela ? N’est elle pas nommée par un premier ministre, lui même nommé par un président élu au suffrage universel par un peuple d’une république laïque fondé par la loi de 1905 dites « de séparation des Églises et de l’État » ? À bien y réfléchir, que dirait un français qui revendiquerait des racines celtes ? Ne dit-on pas nos ancêtres les gaulois ? Et ces principes républicains que l’on a adopté sur la démocratie, ne sont-ils pas issus de l’antiquité gréco-romaine ? Oui c’est également vrai que la chrétienté à joué un grand rôle dans la régence de la France à travers ces derniers siècles, mais se souvient on de celui des lumières et de sa remise en question de la chose religieuse ? Diderot était français lui aussi, comme moi, comme Nadine Morano ? N’est ce pas là faire preuve d’un raccourci grossier ? La seule chose commune à tous les citoyens français d’aujourd’hui qu’on puisse invoquer, c’est la république, celle qui fait justement de nous tous des citoyens Français, et qui nous donne notre identité nationale, c’est d’ailleurs son nom qui gouverne mes papiers d’identité. Mais alors pourquoi parler de nos racines juives et chrétiennes ? Serait-ce pour mieux exclure ou stigmatiser ceux qui se revendiquent de l’Islam ? Non, je ne veux pas le croire, cela ne peux pas être la volonté d’une ministre de la république de mon pays, la France, patrie des droits de l’homme qui reconnaît à chacun la liberté de culte, je ne veux pas croire que ce soit ce qu’ait voulu dire notre ministre. Alors que souhaite-t-elle nous faire comprendre ?

« Mais nous avons depuis la loi 1905 le respect de la laïcité, et le respect de l’ensemble des protestants qui vont vers leur culte, voilà aux temples, des synagogues, nous avons aussi des mosquées. »

Ah, il me semblait bien que la religion ne devait pas intervenir dans l’état.

« Et bien moi je préfère un Islam de France, qu’un Islam en France et dans les caves. »

Mais il me semblait également que l’état ne devait pas intervenir dans la religion ? Madame, soyez claire !

« Alors on a depuis 2002 et Jean-Jacques qui était avec moi dans cette majorité parlementaire, nous avons eu le courage d’assumer toutes ces règles. C’est à dire que maintenant, pour venir en France on ne vient plus de n’importe quelle manière, voilà on ne peut pas faire venir sa famille si on n’a pas un appartement décent, et avec un nombre de mètres carrés nécessaire, si vous êtes juste un couple, ou alors en fonction du nombre d’enfants que vous faites venir, et si vous avez aussi un revenu issu de votre travail et non pas des prestations sociales, donc nous avons mis en place des règles d’accueil humaines, et nous avons renforcé aussi notre arsenal législatif concernant ceux qui ne respectent pas nos lois dans certains quartiers et qui font des trafics de drogues et tout ce qui s’en suit. »

Revoilà l’immigration, la volonté assumée de mieux contrôler les flux par des règles moins permissives mais notre ministre évoque également un arsenal législatif visant à arrêter ceux qui s’adonne au trafic de drogue dans certains quartiers, mais qu’est ce que cela vient faire ici ? On ne peut s’empêcher de rapprocher les « quartiers sensibles » habités par les jeunes issus de l’immigration à ces « quartiers » infestés de trafics de drogue et tout ce qui s’en suit dont nous parle Nadine Morano… Mais qui se rend coupable de ces délits ? Sont-ce ces jeunes immigrés ? Voudrait-elle attirer la suspicions sur les immigrés ? Mais dans quel but ferait-elle ça ? Le fait-elle consciemment ?

« Et en revanche je pense qu’il faut respecter les religions des uns et des autres, parce que ce qui est terrible, c’est l’extrémisme, et à quel âge qu’il soit, parce que l’extrémisme, et bien il n’est pas porteur de paix, et je crois que si on veut être porteur de paix, on doit accepter l’autre »

Tout à fait d’accord. Oh mais ça continue pardon, il y a certaine condition à l’acceptation de l’autre…

« dès lors qu’il respecte nos lois, dès lors qu’il respecte ce contrat d’accueil, dès lors qu’il respecte l’égalité entre les hommes et les femmes… »

Jusque là pas d’objections, ce sont nos représentants élus qui font les lois républicaines auxquelles tout citoyen est soumis.

« …dès lors qu’il n’accepte pas la burqa, dès lors qu’il accepte nos traditions. »

Aïe, là je coince, Mme Morano emploie deux mots différents, le respect et l’acceptation. Souvenez vous il était question d’accepter l’autre, accepter l’autre c’est être porteur de paix. Accepter l’autre à condition qu’il respecte mes lois, c’est à dire qu’il ait de la considération pour elles et je suppose en plus qu’il s’y soumette, en effet c’est une condition essentielle au « vivre ensemble », la règle, la loi est la même pour tous au sein d’une même société, en l’occurrence la société française, alors fallait-il ajouter que l’autre se doit d’accepter nos traditions et de ne pas accepter la burqa. L’acceptation est différente du respect, elle recouvre deux sens, celui de l’adhésion volontaire ou celui de la résignation, de la soumission. Comment pourrais-je exiger de l’autre qu’il accepte mes traditions et lui interdire de m’imposer les siennes, comment pourrions nous sans cette condition nous accepter l’un l’autre, nous tolérer, vivre en société ? Autrement dit, peut-on accepter l’autre sans accepter ses traditions à lui ? Et si l’Islam fait partie de sa culture, que je veux être porteur de paix, ne devrais-je pas en tant que français l’accepter lui et sa culture pour lui permettre de devenir français à son tour ? Effectivement Madame Morano, si je n’accepte pas l’autre, si je n’accepte pas sa culture, ses traditions, je ne ferais jamais de lui un Français. Mais continuons.

« Mais il ne faut pas faire un débat conflictuel entre guerre de religion catholique ou musulman, on (ne) fait pas un procès d’un jeune musulman, sa situation, et moi je la respecte, ce que je veux c’est qu’il se sente français lorsqu’il est français, ce que je veux c’est qu’il aime la France lorsqu’il vit dans ce pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il (ne) parle pas le verlan, c’est qu’il (ne) mette pas sa casquette à l’envers, c’est qu’il essaie de trouver un boulot, c’est qu’on l’accompagne dans sa formation, c’est tout ça. »

Et bien tout ça, c’est un discours stigmatisant, symptomatique du refus de l’autre. Et selon ce qu’elle-même disait plus haut, ce n’est pas être porteur de paix. Et conduire le débat sur le plan religieux, au lieu de le placer sur le plan laïque de la république tend à en faire un combat religieux, un débat conflictuel, une guerre, puisqu’il s’agit bien du champs lexical employé par notre ministre. Sans acceptation de l’autre dans son intégralité et dans son intégrité, pas de possibilité pour lui ni pour nous d’en faire un français.

« Mais je crois que vivre ensemble quand on est jeune, y a rien de plus beau en terme d’espérance et d’avenir, et la France, je le crois, avec ses traditions et avec ses lois, est un pays qui devrait vous permettre, jeune homme, de vivre bien et j’espère que vous trouverez une formation, et que vous aurez surtout beaucoup d’espérance à découvrir l’autre… »

Petit à petit, je m’attriste à commenter ces lignes, mais j’ai espoir que nos ministres, nos jeunes, mes concitoyens, même si ce n’est pas le cas ici, tendent dans une grande majorité vers la découverte de l’autre.

« …parce que quand j’ai été vice-présidente du groupe d’amitié France-Tchad, et que je me suis rendue au Tchad, et parce qu’à travers cette intitulé de développement solidaire, Éric Besson a un budget de 50 Millions d’euros qui aide au développement dans ces pays, parce que ceux qui viennent chez nous, au détriment souvent de leur vie, il le font en désespoir de cause, »

Arrêtons nous sur cette expression « désespoir de cause » communément utilisée pour signifier le dernier recours, quand il n’y a plus rien à faire. Et bien oui éventuellement quand il n’y a plus rien à faire pour échapper à la misère dans son pays, on désire le quitter pour un autre et faire renaître l’espoir. Et si la France représentait pour eux l’espoir ? L’espoir d’un pays qui les accueillerait, dans lequel ils pourraient s’épanouir, vivre leur culture, la partager avec la France, lui offrir tout ce qu’ils sont pour recevoir tout ce qu’elle donne, sa culture, sa langue, ses lois, son accueil, son acceptation de l’autre. Oui, c’est une ultime tentative, mais nourrie d’espoir, n’est ce pas honorable pour une société de susciter l’espoir de ceux qui désirent s’y inscrire ?

« et quand je me suis rendu au Tchad, je me suis dis, mais, je me suis même posé la question si j’allais encore croire en Dieu, tellement ce que j’avais vu me semblait hallucinant de pauvreté, avec tous ces gamins, petits, petits… »

Ultime ostentation, je pose la question, doit-on subir de manière aussi crue, la croyance religieuse d’une ministre de la république répondant au nom de la France sur un sujet aussi sensible que la place de l’Islam dans l’identité française ? As-t-on après cela la place d’exister en France en tant que musulman ? Ne se sent-on pas rejeté de l’identité française quand ses propres ministres sensés être laïques affichent publiquement leurs convictions religieuses ? Nous sommes au moins rassurés sur un point, la foi de Nadine Morano, ébranlée par la misère tchadienne, est cependant bien tenace.

« alors notre rôle aussi du pays des Droits de l’Homme, c’est d’aider ceux qui vivent dans ces pays là, à pouvoir se développer, parce que quand vous êtes en situation d’immigration, vous avez à la fois le poids du déracinement et le poids de se dire comment je vais pouvoir m’assimiler. Mais si nous réussissons vraiment ce défi, je crois que nous pourrons vivre dans un pays sans (les tourments ? peu audible), mais ça mérite de se poser des questions, merci. »

Et bien voilà la conclusion de sa réponse, effectivement, tout cela mérite qu’on se pose des questions… Il conviendrait de faire le ménage dans l’argumentation tellement tout part dans tous les sens.

De manière générale, on peut accorder à Nadine Morano l’indignation face à cette question troublante de l’avenir des jeunes et de la place de l’Islam dans l’identité nationale. Elle se traduit par son élan et le ton volontaire de son discours, « je vais vous répondre parce que vous êtes jeune » sous entendu parce que cela m’attriste qu’à votre âge vous puissiez vouloir « bouter les arabes hors de France » comme fût un temps Charles Martel l’a fait. À divers moments cet élan ressort, « vivre ensemble quand on est jeune, il n’y a rien de plus beau en terme d’espérance et d’avenir, et la France doit permettre à chacun de vivre bien » ou encore ce qu’on pourrait comprendre par un :  il ne faut pas faire de débat conflictuel sur le plan religieux, chrétien contre musulman, ce qui compte c’est qu’un musulman soit avant tout français. Sauf qu’ici pointe l’erreur de Nadine Morano. L’identité n’est pas question de “avant tout”, ni de “après tout” mais de “à la fois”, ce n’est pas non plus une question d’unité, mais plutôt de pluralité. Tout comme on peut être « fils de », on peut également être « père de », ou « frère de ». L’identité d’un individu change avec l’autre, et va même jusqu’à se définir par l’autre, à travers lui. Le sujet principal, et notre ministre l’a bien identifié, c’est l’acceptation de l’autre. Mais qui est l’autre ? Peu importe, il faut l’accepter, car en lui donnant une existence en tant qu’autre on lui permet de revêtir une nouvelle identité face à nous-mêmes, et si nous, français, accueillons d’autres personnes, que nous les acceptons, nous faisons d’elles des français.

Alors de ce discours on a retenu le verlan, la casquette à l’envers, moi je retiens surtout l’incompréhension de l’autre, l’intolérance de l’autre, le rejet de l’autre dans son identité d’origine. En rejetant ses origines, on rejette son devenir, et l’avènement d’une nouvelle identité est alors anéanti, impossible, irréalisable, bloqué, dérobé. Or dans un pays aux milliers de clochers, où les représentants de l’état laïque et républicain imposent leur discours religieux, ghettoïsent toute une population de jeunes immigrés dans les cités, en font les figures d’une immigration ratée, des figures non intégrées parce que non intégrables du fait de leurs origines, il devient inconcevable alors de pouvoir les rassembler autour des idées fondatrices et fondamentales de la citoyenneté et de l’identité française. Des idées issues de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qu’il me semble bon de rappeler ici et selon lesquelles, “La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi, La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.” Voilà mon Pays, voilà la France, ma République, celle que j’offre aux autres, celle qui est la mienne, et parce qu’elle est la mienne, ne m’appartient pas, seule elle, via ses représentants, les citoyens français, garantit son existence, en dehors d’elle je ne suis pas d’elle, en dehors de la France, je ne suis pas français, en dedans, je le suis.

Dès à présent Mesdames et Messieurs les représentants de la France, ceux qui se revendiquent de l’identité française, ministres, citoyens, tous, respectons les étrangers, les immigrés qui désirent la France, affirmons haut et fort que notre culture est universelle, respectons leurs origines, leurs identités, acceptons les, écoutons les, comprenons les, partageons avec eux, enfin rendons leur ce que nous leur avons pris, donnons leur ce qui n’est pas à nous mais qui devrait appartenir à tous, citoyens français, rendons aux étrangers, leur identité française afin qu’ils ne soient plus étrangers, qu’ils ne nous soient plus étrangers, afin qu’ils soient comme nous, français, libres, nos semblables, nos frères.

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à fleur de peau

Voici une petite chanson écrite pour une petite chanteuse québécoise, pas encore connue, mais qui gagne à l’être ! Go on Andie !

Au début j’étais comme un tournesol,
Me tourner vers toi, aimer ton épaule,
Puis de soleil doré, métamorphose,
Tu t’es changé en homme et t’as pris la pose.
Mais la pluie sur mes joues, c’est pas la même chose
Que la rosée sur un pétale de rose.
Moi je pleure, je suis à fleur de peau.

Et toi mon été, tu deviens l’automne
Pourquoi faut il toujours qu’on en fasse des tonnes ?
J’avais juste envie d’un peu de tendresse,
De chaleur, de vie, seulement de caresses.
Mais toi ta passion, était maladresse,
Comme un vent du sud sur un edelweiss.
Moi j’ai peur, je suis à fleur de peau.

Tout est terminé et je suis Narcisse
Comme lui noyé dans sa cicatrice,
Je n’avais jamais vécu de poèmes
J’aurais voulu vraiment en faire un baptême.
Aujourd’hui tu sais c’est un chrysanthème
Qui a remplacé tes curieux « je t’aime ».
Moi mon cœur est à fleur de peau.

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