Un premier de l’an à Carnon

S’élancer dans l’eau, s’ébrouer et se rouler dans le sable…
Marcher sur l’eau, voguer au milieu de monde, errer à la surface…
Plonger la main dans la mer et cueillir ses fruits…
C’est un premier janvier sur les bords de la Méditerranée.

Pas de commentaire

La nature du surhumain, le Zarathoustra de Nietzsche, Pic de la Mirandole et Machiavel

Le monde dans lequel évoluaient Pic et Machiavel n’est pas seulement éloigné du notre par le temps, il l’est également par les mœurs, la politique, la technologie, l’imprégnation religieuse de la société. L’état de guerre incessant, au quotidien parmi les gens, la barbarie qui régnait à l’époque, si tout cela persiste encore à la notre, cela nous parait aujourd’hui beaucoup plus diffus et distant, et influence notre rapport au monde d’une façon radicalement différente.
Pour autant, s’il est d’un intérêt manifeste de nous pencher sur ces œuvres, c’est certainement pour en extraire ce qui y est au cœur : la recherche d’une vérité fondamentale sur la nature humaine. Qu’est l’Homme dans son rapport à lui-même et à la société, quel secret n’a-t-il pas encore livré ? Ces deux textes que sont « De la dignité de l’homme » et « Le Prince » ont d’abord ceci de commun qu’ils ne s’adressent pas au grand public. Déjà parce que ce dernier n’est pas toujours lettré, mais davantage parce qu’il couvrent tous deux des sujets bien particuliers. Ainsi, Pic aura à cœur de convaincre par son texte la communauté ecclésiastique dominante du point de vue politique et scientifique, de l’intérêt qu’il y avait à poursuivre une recherche ambitieuse sur la dignité de l’homme, sa place dans la création divine. Armé d’une somme colossale de connaissances tirées notamment du corps hermétique, de la kabbale, de la philosophie antique, ou des écritures saintes, Pic proposera de débattre sur les « sublimes mystères de la théologie chrétienne, sur les questions les plus profondes de la philosophie, sur les doctrines inconnues ». Machiavel, s’inscrivant dans la tradition des conseillers du pouvoir, rédigera quant à lui un manuel à l’usage du Prince en lui offrant ce qu’il a de plus grand : les secrets de son expérience de diplomate acquises au contact des hommes du peuple et des plus grands ; « Considérez que je ne puis vous offrir rien de mieux, que de vous procurer les moyens d’acquérir en très peu de temps, une expérience qui m’a coûté tant de temps et de difficultés. »
On peut donc rapprocher ces deux œuvres sur le plan de leur diffusion confidentielle, mais également dans le but de livrer des connaissances secrètes, du moins les susciter pour Pic, les partager pour Machiavel. S’adresser à une secte restreinte d’élites théologiques, ou a un monarque, individu si particulier qu’il est unique en son genre, libère l’auteur d’un langage diplomatique, ce public là est capable d’entendre des choses que le commun des mortels ne peut pas, quitte même pour Pic à oser parler de magie, d’ésotérisme, pour Machiavel à laisser de côté les considérations morales et religieuses pour se consacrer crument aux impératifs politiques.
C’est donc ce secret d’une nature humaine présentée librement dans sa nudité la plus essentielle qui doit nous intéresser. Que nous dit-il que de grands moralistes religieux souhaiteraient nous cacher, que nous nous cachons peut-être à nous-mêmes ? Et aujourd’hui ? Que nous intime ces anthropologies complexes et leurs obscurités inconnues du plus grand nombre ? Leurs secrets est-il bon à savoir de tous ? Cette vérité sur la nature humaine peut-elle, doit-elle atteindre l’esprit de chacun et révéler sa lumière ?
Si Pic et Machiavel ne prévoyaient sans doute pas que leurs textes finiraient entre les mains de profanes, le Zarathoustra de Nietzsche, considérant tout de même que son langage obscur et éminemment métaphorique nous voile son secret, s’adresse quant à lui à l’espèce humaine. C’est en ce sens qu’il nous a paru intéressant de rapprocher ces trois œuvres. Nous tenterons par une analyse thématique comparée, d’extraire en chacune, les vérités conjointes qu’ils révèlent de la nature humaine.
D’abord ce secret chez Pic et le Zarathoustra de Nietzsche, ce langage étrange, quelle vérité est-il en mesure de nous communiquer ? Ces images de l’hommes, cette manière de transformer l’apparence de sa nature que nous dit-elle d’un point de vue anthropologique ? Comment comprendre cet homme-passage, entre bête et ange ? S’il y a un retour à la bête, une apologie de la bête humaine, quelle incidence se peut-il avoir sur la morale ? Enfin comment recevoir cette liberté de ton machiavélien, cette encouragement à l’armement en politique, quel modèle philosophique nous formule-t-il ? Quel secret ces œuvres nous livrent-elles sur la nature humaine ?

Un secret qu’on ne peut exprimer, ne peut comprendre, ne peut dire.

« Obscure est la nuit, obscures sont les voies de Zarathoustra. » Première question : pourquoi rendre son discours obscur alors qu’on a un message à livrer aux hommes ? Pic nous offre éventuellement une piste : « Mais mettre sur la place publique les mystères plus secrets et les arcanes de la divinité suprême, cachés sous l’écorce de la loi et le vêtement grossier des mots, qu’eut-ce été d’autre que jeter le sacré en pâture aux chiens et donner des perles au pourceaux ? Aussi n’est pas par une décision humaine, mais sur ordre de Dieu que tout cela fut dissimulé au vulgaire pour n’être communiqué qu’aux parfaits. » On comprend éventuellement qu’un tel secret sur la nature humaine ne s’offre qu’aux âmes les plus pures dans la mesure où seules ce genre d’âmes doit pouvoir accéder à la vérité divine. Il devient alors naturel pour un auteur, un prophète de cacher la vérité qui lui fut révélée derrières des symboles, des énigmes. L’énigme exige d’être percée, comprise, l’image d’être perçue, la métaphore d’être interprétée et ressentie.

La solution métaphorique, l’image, vers l’idée de transformation

Voilà comment Nietzsche revenait sur la notion d’image dans Ecce Homo : « Tout cela se passe involontairement, comme dans une tempête de liberté, d’absolu, de force, de divinité… C’est dans le cas de l’image, de la métaphore, que ce caractère involontaire de l’inspiration est le plus curieux : on ne sait plus du tout ce qui est symbole, parallèle ou comparaison : l’image se présente à vous comme l’expression la plus juste, la plus simple, la plus directe. Il semble vraiment, pour rappeler un mot de Zarathoustra, que les choses mêmes viennent s’offrir à vous comme termes de comparaison. » L’image et la métaphore sera donc notre vecteur. Mais un vecteur pour où ?
L’homme de Pic qui se cherche une dignité partage avec le Zarathoustra de Nietzsche l’idée du déplacement temporel et géographique de l’âme ou de l’esprit. Cette âme ou cet esprit immatériel est totalement plastique, malléable et métamorphosable. Il voyage.
Dix ans après s’être retiré du monde dans la montagne, s’adressant au Soleil, Zarathoustra annonce qu’il souhaite retourner parmi les hommes leur dire de se réjouir de leur folie, aux pauvres de se réjouir de leur richesse. Pour cela, l’homme doit décliner (Untergehen), c’est à dire au sens de descendre mais également au sens d’un nécessaire déclin, une régression dans l’être. La coupe de Zarathoustra remplie d’or, il veut maintenant la vider pour redevenir homme. « Ainsi commença le déclin de Zarathoustra ». C’est une première étape, celle d’une richesse de connaissance que l’on doit abandonner pour tout re-connaître. Dionysos/Bacchus éparpille l’un en multiple, déverse le liquide d’une coupe pleine. Devenir un homme, être un homme, c’est décliner, passer de l’échelon céleste d’où le soleil est suspendu, de l’Apollon vers l’échelon terrestre, devenir multitude de choses, multitude d’êtres. Celui parmi tous qui peut les être tous, c’est l’homme. Dieu dans les mots de Pic parle ainsi : « Si nous ne t’avons donné, Adam, ni une place déterminée, ni un aspect qui te soit propre, ni aucun don particulier, c’est afin que la place, l’aspect, les dons que toi-même aurais souhaité, tu les aies et les possèdes selon ton vœu, à ton idée. (…)  »

Transport, voyage, métamorphose et déplacement.

À la manière de Pic, se poser cette question : « De quel moyen disposons nous » pour nous faire une forme, conforme à la le plus haute nature que l’on puisse atteindre, c’est chercher la juste métaphore du transport de l’âme, de l’esprit. D’abord c’est en menant une vie, en vivant que l’on se transforme, c’est en imitant la vie des bêtes ou la vies des anges qu’on imite leur être et qu’on transforme notre esprit. Et il faut, nous dit-il « effectuer le parcours dans les deux sens ». Ainsi Pic nous figure une échelle à parcourir, des échelons inférieurs aux échelons supérieurs, à gravir avec les mains et les pieds purs de l’âme, dépouillés du corps. C’est l’esprit qui se métamorphose pour in extremis gravir l’échelle, et à son sommet, atteindre Dieu lui-même. Mais à la condition de d’abord pouvoir faire comme les anges et passer d’un échelon à l’autre, décliner ou choir. Mais dans quel but ? Pic nous dit : « philosophant le long des degrés de l’échelle, c’est-à-dire de la nature, pénétrant toutes les choses depuis le centre jusqu’au centre, alors nous pourrons tantôt descendre en démembrant avec une force titanesque l’un dans le multiple. » Autrement dit atteindre par la philosophie, sur terre, la connaissance divine qui permet de tout être, et d’être tout, pénétrer avec la plus grande force la vérité du monde en fusionnant avec lui, parcourant avec la plus grande des facilités les échelons les plus bas et les plus vils, des échelons les plus hauts et plus divins. Boire de la coupe d’or après l’avoir renversée.

C’est la re-naissance de la tragédie, Apollon réuni dans l’un le multiple, mais Dionysos détruit l’un pour le faire redevenir multiple. Sans un pessimisme de la destruction, l’accès au multiple est impossible, et c’est par lui, et lui seul, ce mouvement destructeur, descendant et déclinant que l’homme à la possibilité de tout goûter, et c’est ce qui forme une particularité de sa nature.

La nature de l’homme-passage

Ce thème du transport, du voyage de l’esprit par une transformation nous conduit à formuler à notre esprit l’étrange rapprochement d’une nature passagère, un « homme-passage ». Ainsi dans les mots de Pic, Dieu continue le discours qu’il tient à Adam de cette façon : « Si je t’ai mis dans le monde en position intermédiaire, c’est pour que de là tu examines plus à ton aise tout ce qui se trouve dans le monde alentour. »
Arrivé devant la foule rassemblée près de la forêt dans une ville voisine, Zarathoustra dit aux hommes « Je vous enseigne le surhumain, l’homme est quelque chose qui doit être surmontée ». Quelle étrange idée que celle d’un être supérieur, dépassant l’homme, mais restant un homme, une forme d’homme égal mais supérieur à lui-même. Après donc l’idée de voyage de l’esprit dans l’être parmi la multitude d’êtres, nous approchons d’une nature passagère de l’homme comme figure médiane que Nietzsche évoque par la métaphore du funambule.
Zarathoustra demandant aux hommes de rirent d’eux-mêmes, s’étonne qu’ils rient de lui. Il dit alors ceci : « L’homme est une corde, entre bête et surhomme tendue, — une corde sur un abîme. Dangereux de passer, dangereux d’être en chemin, dangereux de se retourner, dangereux de trembler et de rester sur place ! Ce qui chez l’homme est grand, c’est d’être un pont, et de n’être pas un but : ce qui chez l’homme on peut aimer, c’est qu’il est un passage et un déclin. J’aime ceux qui ne savent vivre qu’en déclinant, car ils vont au-dessus et au-delà ! » L’immobilité n’est pas permise à l’homme, l’immobilité c’est le danger, la mort, le non-être, la seule alternative et d’aller droit, de passer, se transformer, créer sa forme. C’est sur cette corde que se joue la vie de l’homme au sens propre comme au sens figuré. Le premier funambule s’avance au centre d’une corde tendue entre deux tours, entre terre et ciel. Il affronte le danger de sa condition humaine, celle d’être un passage, de ne pas trembler, ne pas reculer, de décliner vers sa nature. Quand sort de la porte un second funambule, « délirant, bariolé et qui injure l’homme », l’intimant d’avancer ou de laisser la place pour qu’afin il puisse passer, il montre là sa force, son empressement, son désir d’être. « Comme un diable il hurla et bondit sur celui qui était sur son chemin » et le premier funambule tombe dans le vide pour chuter aux pieds de Zarathoustra. L’homme, c’est une lutte contre lui-même, mais aussi contre d’autres hommes. À l’agonie, le funambule se demande si alors il n’a été durant sa vie qu’une bête qu’on a dressé à danser, mais « Il n’y avait rien de méprisable à avoir choisi le danger comme métier ». L’étrange bête qui bondit au dessus des hommes, diabolique, folle, humaine, riante et bariolée indique peut-être la nature du surhomme, puissante, avançant vers son but, sautant au dessus des hommes qui passent dans leur vie avec maladresse et finissent par mourir. « Pour les hommes je suis encore à mi-chemin entre un bouffon et un cadavre » dira Zarathoustra.
Et le Dieu de Pic de terminer ainsi son discours : « doté pour ainsi dire du pouvoir de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines. »

De la bestialité

Qu’en est-il de cette bête de laquelle nous devons façonner notre esprit, ce passage nécessaire à l’acquisition d’une nature humaine parfaite, en tant que l’homme est un passage. La thématique de la  bestialité est riche, complexe et difficilement compréhensible, elle tient à ce que l’homme a été une bête au sens de l’évolution, l’est encore, et doit enfin le devenir pour ne plus l’être. Zarathoustra invective les hommes, il leur dit que chaque être s’est surmonté en créant quelque chose, tous, sauf l’homme, comment comprendre une « préférence pour le retour à la bête ? ».
« Qu’est le singe pour l’homme ? Un éclat de rire ou une honte qui fait mal. Et tel doit être l’homme pour le surhomme : un éclat de rire ou une honte qui fait mal. Du ver de terre, vous cheminâtes jusques à l’homme, et grandement encore avec en vous du ver de terre. Jadis vous fûtes singes et maintenant encore plus singe est l’homme que n’importe quel singe. Mais le plus sage d’entre vous, celui-là n’est aussi qu’un discord et un hybride de végétal et de spectre. Or vais-je vous commander de devenir des spectres ou des végétaux ? Voyez je vous enseigne le surhomme ! » Quel est donc ce surhomme ? Un homme qui n’est pas plus singe que les singes, c’est à dire qui n’est pas plus bestial que la bête, le plus sage d’entre les hommes n’est pas non plus un spectre, entité abstraite (supposons une sorte de philosophe idéaliste), ni un végétal (supposons une sorte de philosophe stoïcien), qui n’est même pas un hybride des deux, c’est peut-être tout à la fois. Le surhomme ainsi devenu tout peut alors rire de l’homme et avoir honte de lui et de lui-même, il est au dessus, tout en l’ayant été.

De la bestialité vers la morale

Le premier discours de Zarathoustra porte sur une métamorphose mettant en œuvre des figures animales : « Les trois métamorphoses » ou « comment l’esprit devient chameau, et lion le chameau et, pour finir, enfant le lion ». Que nous dit-elle ? Zarathoustra présente cette première métamorphose de l’esprit ; comment un esprit robuste souhaite faire monstration de sa force en se fardant des plus lourdes charges, c’est sa noblesse ; la noblesse du chameau. Il s’agit une fois encore de décliner, s’agenouiller comme le chameau, se rabaisser et « faire mal à son orgueil, moquer sa sagesse et faire briller sa folie », éprouver tous les manques et toutes les souffrances, voire la vérité telle qu’elle est, « et froides grenouilles et crapauds brûlants de soi point n’écarter ». Faire face à la bestialité, à l’animal, c’est en quelque sorte voir la vérité de l’homme en face, confronter sa force mais aussi sa vilénie. Ainsi armé de ces plus lourdes charges, accablé du poids de son image, l’esprit « chameau » s’empresse d’aller vers le désert pour seul affronter la vérité sur lui-même, se voir en face, accomplir un voyage initiatique, un recul sur lui-même. Satisfait de cette connaissance, là, dans le désert l’esprit devient lion, il a soif de liberté et désire devenir son propre maître. Alors il se trouve face à un nouvel ennemi, un autre maître que lui-même, lequel il devra combattre pour ne plus souffrir aucun maître. Ce maître c’est le dragon « Tu dois », celui du devoir moral, et contre ce « Tu dois » l’esprit du lion s’arme d’un « Je veux », le désir de volonté qu’aucun devoir ne doit pouvoir contrer, un désir intérieur qui fait sa propre loi. Ce dragon représente toutes les vertus, toutes les valeurs étincelantes. Pourquoi faut-il le lion quand le chameau qui se résigne et qui respecte ces valeurs pourrait suffire ? La force du lion désire la liberté et l’émancipation de ses valeurs pour pouvoir se déployer : « se créer liberté est un saint Non même face au devoir ». Une force donc de contre attaque et d’existence par la négation des valeurs, et ce, pour après avoir détruit les valeurs du dragon « Tu dois », tendre vers la création de nouvelles valeurs, des valeurs propres qui n’existent pas encore. Le chameau aimait le « Tu dois », le lion lui vole cet amour, et la force du lion est nécessaire à un tel rapt. Mais pour cette immonde raison, l’esprit lion doit devenir enfant. « Innocence est l’enfant, et un oubli et un recommencement, un jeu, une roue qui d’elle-même tourne, un mouvement premier, un saint dire Oui. » L’esprit devenu enfant peut se pardonner à lui-même d’avoir volé son premier amour du « Tu dois », il oublie même d’où provient son désir, son « Je veux », il se joue de tout, il rie, il avance dans la positivité, dans la création de lui-même, dans la création de son propre esprit.

Le surhomme créateur

Le surhumain prend la forme d’un créateur, un caméléon. Ce créateur qui selon Pic, sera capable de l’être parce qu’il aura tout été: « ceux que chacun aura cultivés se développeront et fructifieront en lui : végétatifs, il le feront devenir plante ; sensible, il feront de lui une bête ; rationnels, ils le hisseront au rang d’être céleste ; intellectifs, ils feront de lui un ange et un fils de Dieu. ». Parcourant l’échelle hiérarchique, et prenant imitation de toutes les formes de la nature, de la plante aux anges les plus célestes, le surhomme finira par embrasser la totalité de Dieu : « nous ne serons plus nous-mêmes, mais celui qui nous a créé ». Élevé au rang de Dieu sur terre, le surhomme peut créer sa forme. Et Zarathoustra de célébrer « le créateur, le moissonneur, le célébrant de la fête, voilà qui je veux m’associer : c’est l’arc en ciel que je veux montrer, et toutes les échelles du surhomme. » L’homme-passage (arc-en-ciel, de la terre au ciel suivant la trajectoire du soleil, et multicolore), traversant tous les échelons hiérarchiques de l’échelle de la création divine, récoltant les fruits qu’il a lui même semer sur terre.
Rappelons ici que Pic comparait l’ultime effort créatif de Dieu pour doter l’homme de sa multiplicité de nature, il fit cela dans « l’épuisement de la dernière phase de l’enfantement ». Du chameau au lion, du lion à l’enfant, de l’enfant au surhomme, créateur de valeur.
Ici sentons-nous poindre chez Nietzsche l’expression d’une émancipation totale de l’homme vis à vis de la nature et de Dieu, et tout cela semble naturel à la philosophie de Zarathoustra et de celle de son auteur pour qui « Dieu est mort ». La chose est plus délicate à saisir du point de vue de Pic, tant il paraît blasphématoire d’entendre dans son verbe « nous ne serons plus nous-mêmes, mais celui qui nous a créé » autrement dit Dieu en personne… Est-ce là la fougue de la jeunesse, l’expression libre d’un instinct philosophique qui outrepasserait le devoir de soumission au divin, pressentant une toute puissance de l’être ?
Quoi qu’il en soit c’est parce que la question théologique n’est pas au centre du discours de Machiavel qu’un tel discours, proche encore une fois de celui de Zarathoustra, permet de se déployer, bousculant l’impératif catégorique moral, questionnant la vie hic et nunc, le pragmatisme politique. Nous voyons germer là l’idée d’une liberté à conquérir d’une émancipation de l’état d’homme pour celui du surhomme, même du point de vue de Pic. Ici est-il question d’un déploiement de force, de l’expression d’une volonté de puissance.
Il n’y a pas d’espoir supraterrestre, tout est à construire ici sur terre, et c’est l’expression de notre volonté, le pouvoir de notre création. Pic exprime cette puissance potentiellement accessible en tant qu’homme sur terre, il prend toujours le soin de préciser entre parenthèse cette puissance d’imitation et de transformation durant la vie terrestre : « Qu’une sorte d’ambition sacrée envahisse notre esprit et fasse qu’insatisfait de la médiocrité, nous aspirions aux sommets et travaillions de toutes nos forces à les atteindre (puisque nous le pouvons, si nous le voulons). » ou encore un peu plus loin : « Si nous menons la vie des Séraphins, des Chérubins et des Trônes, nous aussi (car nous le pouvons), nous aurons mis notre sort au niveau du leur ».

La question morale

Du point de vue de la morale, les discours de Nietzsche et de Machiavel se permettent toute la liberté de leurs desseins. Le Prince, incarnation de Dieu sur terre, même s’il doit être bon, peut se permettre le mal. Le Prince est un surhomme en ce qu’il égale Dieu sur terre, en ce qu’il est un créateur et doit compléter son œuvre « Que le reste [du monde et de la création] soit votre ouvrage : Dieu ne veut pas tout faire, pour ne pas nous laisser sans mérite et sans cette portion de gloire qu’il nous permet d’acquérir. » Permission divine lui est donnée d’égaler sa puissance, liberté lui est donné de créer son propre ouvrage, c’est la gloire de cet homme en particulier, mais également de tous ceux qui s’en montreront dignes.
C’est le cas d’Agathocle de Syracuse, petit potier devenu tyran, dira t-on homme devenu surhomme ? Cet individu dont chacun s’accorde à dire qu’il fut d’une grande cruauté mais à qui cependant Machiavel reconnaît sa force d’âme : « véritablement on ne peut pas dire qu’il y ait de la valeur à massacrer ses concitoyens, à trahir ses amis, à être sans foi, sans pitié, sans religion : on peut, par de tels moyens, acquérir du pouvoir, mais non de la gloire. Mais si l’on considère avec quel courage Agathocle sut se précipiter dans les dangers et en sortir (ce que nous avons défini plus haut comme étant le sens de la vie : le passage dangereux et permanent sur une corde tendue), avec quelle force d’âme il sut et souffrir et surmonter l’adversité, on ne voit pas pourquoi il devrait être placé au-dessous des meilleurs capitaines. » Au moins égal aux plus grands hommes, si ce n’est supérieur.
Le mal est parfois une exigence du pouvoir pour le bien du peuple qu’il dirige, lui surhomme surmontant tous les hommes, surmontant Dieu et ses enseignements, se surmontant lui-même : « On doit bien comprendre qu’il n’est pas possible à un prince d’observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien, et qu’il est souvent obligé, pour maintenir l’État, d’agir contre l’humanité, contre la charité, contre la religion même (…) il faut, comme je l’ai dit, que tant qu’il le peut il ne s’écarte pas de la voie du bien, mais qu’au besoin il sache entrer dans celle du mal. »

Apologie de la force, retour de la figure du lion.

Mais « cette habileté n’est donnée qu’à un petit nombre d’hommes » toujours selon Machiavel. À plusieurs reprise, et depuis le début de notre recherche, nous sentons bien qu’une telle nature, est difficilement accessible. C’est pour chaque homme, l’expression d’une lutte acharnée contre lui-même et les autres, un combat qui nécessite une force d’esprit, d’âme ou de caractère qui peut se cultiver mais qui ne se trouve que chez peu d’individus. La raison tient encore peut-être à la malléabilité de la nature humaine, laquelle n’est permise qu’à ceux qui ont choisi d’avancer sur ce chemin difficile. Ainsi, selon Machiavel, « on peut combattre de deux manières : ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes ; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l’autre : il faut donc qu’un prince sache agir à propos, et en bête et en homme. » Ici voit-on le retour du lion, le nécessaire voleur d’amour, libérateur du « Je veux » contre le « Tu dois », libre arbitre cher à Machiavel. « Par là, en effet, et par cet instituteur moitié homme et moitié bête, ils ont voulu signifier qu’un prince doit avoir en quelque sorte ces deux natures, et que l’une a besoin d’être soutenue par l’autre. Le prince devant donc agir en bête, tâchera d’être tout à la fois renard et lion ».
Dans le discours intitulé « De la guerre et des guerriers » le Zarathoustra de Nietzsche nous dit : « De nos meilleurs ennemis nous ne voulons être épargnés, ni de ceux-là non plus que nous aimons foncièrement. Mes frères dans la guerre ! Je vous aime foncièrement, je suis et fus des vôtres. Et suis aussi votre meilleur ennemi. (…) Et si de la connaissance vous ne pouvez être les saints, du moins soyez-en les guerriers. D’une telle sainteté ce sont les compagnons et les avant-coureurs. » C’est un combat nécessaire contre la morale, pour la connaissance, pour l’émancipation de l’être, le besoin de devenir un créateur de valeur. Et Pic de son côté de nous dire : « Nul doute que des discordes multiples ne nous habitent et que nous n’abritions des luttes intestines plus graves encore que des guerres civiles : si nous voulons en venir à bout, si nous aspirons à cette paix qui peux nous entrainer assez haut pour nous établir parmi les plus nobles créatures de Dieu, seule la philosophie les réprimera en nous et les calmera tout à fait. » Nous devons chercher nos ennemis, lesquels sont nos meilleurs alliés car pour Pic « dans le combat intellectuel, la défaite même est profitable », et pour Zarathoustra « n’ayons ennemis que haïssables, non ennemis à mépriser, De notre ennemi il faut que nous soyons fiers ; lors les succès de notre ennemi sont aussi nos succès ! »
Mais quelle est alors cette forme étrange de philosophie ? Une philosophie de combat qui se déploierait dans la vie d’un philosophe chrétien, d’un solitaire insoumis ou d’un Prince en politique ?

Le surhomme, homme-passage, créateur de valeurs, fondateur de morale.

« On appelle « uniforme » leur tenue ; puisse ce qu’elle cache n’être point uni-forme ! » voilà donc ce que cache notre nature de guerrier nous dit Zarathoustra, un esprit multi-forme cherchant à combattre. « De votre ennemi vous devez être en quête, c’est votre guerre que vous devez mener, et pour vos pensées ! Et si succombe votre pensée, de cela encore doit votre loyauté crier triomphe. (…) Je ne vous conseille le labeur, mais le combat. Je ne vous conseille la paix, mais la victoire, que votre labeur soit un combat, que votre paix soit une victoire. »
S’armer et combattre, inventer et vivre, c’est ce que finissent par nous intimer ces trois auteurs. Machiavel : « il suffit de trouver une nouvelle organisation, une nouvelle manière de combattre ; et c’est par de telles inventions qu’un prince nouveau acquiert de la réputation et parvient à s’agrandir » ; Pic : « éminents docteurs qu’avec un vif plaisir je vois armés et équipé dans l’attente du combat, venons-en aux mains sous de bons et heureux auspices, comme si la trompette donnait le signal » ; et Nietzsche : « Vers ma destination je veux aller, je vais mon chemin ; par dessus les trembleurs et par-dessus les nonchalants je sauterai. Qu’ainsi mon avancée soit leur déclin ! ».

Alors ce secret ?

Quelque part en secret se dessine cette nature au fond de nous-mêmes. Elle se dissimule à nous derrière un tapis de culture et de civilisation, derrière une morale autoproclamée, une nature que l’on s’est figée en se trompant gravement sur notre puissance. Cette puissance de l’homme, c’est sa plasticité d’esprit, sa capacité de recouvrir toutes les formes de la création, de la plus bestiale et immorale des créatures terrestres, à la plus douce et lumineuse créature céleste. Point n’est mensonge, point n’est mal, point n’est bien pour un tel surhumain, car tout est créé entre ses mains, tout est advenu de son être, des luttes qu’il a mené contre lui-même, contre les autres, contre leurs vertus, contre leur méchanceté, il est un Dieu, il est Dieu sur terre. C’est un secret parce qu’il ne peut être connu que de celui qui le cherchera, c’est un secret car une fois découvert il ne le sera révélé qu’à un seul, celui qui l’aura trouvé. Ainsi des grands penseurs, des grands hommes et des surhommes n’attendons aucune révélation, juste un chemin vers « l’éclatante splendeur du soleil de midi » : « rien de trop », « connais toi toi-même », « deviens ce que tu es ». Ainsi au jeune homme rencontré sur la montagne près d’un arbre, Zarathoustra dira : « Nombreuses sont les âmes que jamais on ne découvrira que d’abord on ne les invente ! »
Puisons de Zarathoustra notre secret :

« Vers l’altitude nous cheminons, en dépassant l’espèce pour atteindre la sur-espèce. Mais nous avons horreur du sens dégénéré, qui ainsi parle : “Tout pour moi !” Vers l’altitude vole notre sens ; de la sorte il est image de notre corps, image d’une ascension. De telles ascensions images sont les noms des vertus. Ainsi de par l’histoire chemin le corps, un devenant et un luttant. Et l’esprit — qu’est-il pour lui ? De ses luttes et de ses victoires héraut et compagnon et résonnance. Images sont tous les noms du bien et du mal ; point ils n’expriment, ils font signes seulement. Bien fou qui d’eux veut recevoir une connaissance ! »
«  En vérité un nouveau bien et mal, voilà ce qu’est alors votre vertu ! (…) Puissance est cette neuve vertu, une pensée souveraine et, autour d’elle, une âme prudente : un Soleil d’or et autour de lui le serpent de la connaissance. »
« Et c’est le grand midi quand l’homme à sa mi-course, entre bête et surhomme, debout se tient et, comme sa plus haute espérance, fête sa route vers le soir, car c’est la route vers un matin nouveau. Lors celui qui décline se bénira d’être lui-même le dépassant ; et pour lui le Soleil de sa connaissance au midi se tiendra. “Mort sont tous dieux : maintenant nous voulons que vive le surhomme !” — tel soit un jour, au grand midi, notre ultime vouloir ! — » 

Bibliographie
« De la dignité de l’homme » – Jean Pic de la Mirandole, traduit du latin par Yves Hersant – édition de l’éclat
« Le Prince“ – Nicolas Machiavel – traduction anonyme
« Ainsi parlait Zarathoustra » – Freidrich Nietzsche, traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac – folio essais.

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L’Art du Bonheur, conférence à Toulouse du Dalaï Lama, en présence de Stéphane Hessel.

Nous sommes lundi 15 août 2011, pour certains, c’est un jour où l’on célèbre Marie, « élevée au ciel » au terme de sa vie terrestre, pour d’autres, l’occasion en ce jour férié d’assister à la conférence sur « l’Art du Bonheur » donnée à Toulouse par le Sa Sainteté le Dalaï Lama. Le Zénith de Toulouse était plein, mille personnes se tenaient dehors devant l’écran géant qui retransmettait l’événement et quatre-mille-six-cent autres, comme moi, la suivait en direct via internet.

Cet article est une retranscription de la traduction française de Matthieu Ricard réalisée en alternance. J’ai pris des notes, que j’espère les plus fidèles possibles, je vous les livre ici avec enthousiasme et bonheur !
Un invité d’honneur, Stéphane Hessel, l’auteur d’« Indignez vous ! », était présent pour préfacer l’intervention de Sa Sainteté et nous parler un peu de Bonheur. L’occasion pour lui de recevoir en cadeau, une écharpe dont le Dalaï Lama dira deux mots, et de nous partager l’immense fierté, et joie, d’être là, pour entendre et célébrer la parole d’un « Océan de Sagesse ».

« Cette écharpe raconte que celui qui la porte sera toujours heureux. La tradition de cette offrande est indienne, l’écharpe est fabriquée en chine — « made in china » dans la bouche du Dalaï Lama, ce qui ne manqua pas de faire rire l’assemblée. Utilisée au Tibet, c’est donc un excellent symbole d’harmonie entre les peuples.

Je suis très heureux de partager quelques pensées et expériences avec tous mes frères et sœurs, vous tous qui êtes venus si nombreux, et en présence de Stéphane Hessel, une personne merveilleuse, que je considère comme une source d’inspiration. Lorsque je suis seul je me sens un peu vieux, en sa présence je me sens plus jeune — à nouveau suscités par le sien, quelques rires se font entendre dans l’assemblée. C’est un honneur d’être ici avec quelqu’un qui a autant de sagesse et d’expérience. J’ai écouté certaines de ses pensées, et Stephane Hessel m’a prodigué quelques encouragements, qui m’ont galvanisé. Au cours des deux derniers jours, j’ai eu l’opportunité d’expliquer la qualité profonde de toutes les valeurs religieuses majeures. En dépit de certaines différences, on retrouve les mêmes valeurs fondamentales, telles que l’amour, la tolérance, la discipline personnelle ou encore l’ouverture aux autres. Cette communauté de valeurs est le fondement d’une admiration et d’un respect mutuel qui permet d’œuvrer ensemble. Je suis convaincu qu’une harmonie est possible, et mon engagement est de favoriser cette plus grande harmonie entre les religions.
Durant ces deux derniers jours, j’ai montré comment on peut envisager une éthique séculaire. Je n’entends pas par là un manque de respect vis a vis des grandes religions. Lorsque j’en ai parlé avec de amis chrétiens et musulmans ils n’étaient pas confortables avec l’idée. Je parle spécifiquement de la sécularité des religions comme on l’entend en Inde. L’inde promeut la cohabitation pacifique de toutes les religions, le point de vue de l’État, c’est de respecter toutes les religions sans en adopter une en particulier, et de respecter également ceux qui ne croient en aucune religion.

Un ministre indien me parlait d’une religion ancienne en Inde. Si l’on étudie la philosophie des Chārvāka, une très ancienne philosophie indienne, on découvre une pensée matérialiste, athée, hédoniste et parfois même nihiliste, ne croyant pas en la vie après la mort et réfutant beaucoup d’autres croyances prônées par les autres religions indiennes. Il y eut des débats violents, mais malgré cela, les personnes qui défendaient ces points de vue étaient appelées des sages par les autres religieux. On peut garder un respect entier vis-à-vis des personnes qui pratiquent n’importe quelle doctrine. Il faut avoir un point de vue séculier, et respecter toutes les pensées, y compris celle de ceux qui prêchent l’incroyance.
Aujourd’hui je vais parler presque comme un non-croyant, je vais parler de ce qui nous affecte dans notre vie, au quotidien. Si l’on considère la population humaine, il semble que la majorité n’adhère pas profondément à la foi religieuse. Même ceux qui se réclament d’une religion, juive, chrétienne ou musulmane, bien souvent, ils s’en réclament d’une manière conventionnelle, mais ne pratiquent pas la religion du fond du cœur. On voit même dans certains cas, des contradictions flagrantes, des personnes qui prient et qui s’engagent par ailleurs dans des actions néfastes : le mensonge, la dissimulation, la manipulation d’autrui. Ils sont en contradiction avec les enseignements même de celui à qui ils adressent leurs prières. En ce sens, il y a une hypocrisie flagrante. Agir de telle sorte, c’est tromper Dieu ou Bouddha lui-même. Si on a du respect pour sa religion, la chose la plus évidente est de mettre en pratique les enseignements de ce que l’on respecte. Pour qui pratique et écoute leurs paroles et leurs sages enseignements, la contradiction est impossible à soutenir.

Il faut considérer l’aspect le plus fondamental de notre condition, nous somme tous des hommes et nous avons le droit de ne pas souffrir, nous avons le droit à une vie heureuse, c’est la chose la plus fondamentale. Du fait que les hommes en majorité ne sont pas des croyants, il faut trouver un moyen d’étendre la notion d’éthique à tous. Mon premier et principal engagement est de promouvoir l’éthique séculaire, et par là, j’entends la promotion des valeurs humaines fondamentales.
Une éthique morale, mais qu’est-ce que c’est ? Et comment la cultiver ? On pourrait définir l’éthique ou la morale comme le fait de prendre soin de l’autre, d’être concerné par l’autre (« to care »), de développer la sensibilité que nous sommes intimement concernés par le bien-être et la situation de chaque être vivant que l’on rencontre. Mais le fait de prendre soin des autres ne veut pas dire pour autant qu’on doive négliger notre propre bonheur. Je suis un être sensible parmi cette multitude et j’ai autant le droit que tout être de trouver le bonheur et d’éviter la souffrance. En contraste, une manière d’être non éthique, sera d’écouter un égocentrisme exacerbé, satisfaire la volonté de tromper autrui, de l’abuser, de lui nuire. Si nous sommes capables de développer du respect pour l’autre, même si nous avons une opportunité aisée de le tromper ou de prendre avantage sur lui, la raison viendra en nous. Le fondement d’une réflexion éthique, c’est la prise de conscience que l’autre peut souffrir. En me mettant à la place de l’autre, en ressentant la tristesse ou la souffrance qu’il peut ressentir, je prends conscience de mon devoir de le respecter. C’est aussi le fondement d’une discipline personnelle.

Nous sommes des animaux sociaux et nous ne sommes pas les seuls à l’être. Il y a des animaux ou des insectes qui se regroupent et vivent en communauté comme les abeilles ou les fourmis. En vivant ensemble ils dépendent les uns des autres, ils dépendent de l’action et du soin prodigué par les autres. Et même s’ils n’ont pas comme nous des structures élaborées, des gouvernements, des institutions, cette collaboration se maintient. Dans notre cas, il est clair que nous dépendons entièrement des autres. Le fondement d’une vie heureuse se construit chez les autres, avec les autres. De ce fait il semble évident, que si nous sommes si interdépendants, il est indispensable que nous sachions nous relier aux autres de manière positive et constructive.
Cette interdépendance se ressent même au travers de notre existence biologique, nous sommes liés par cette affection. Le nouveau né dépend entièrement de sa mère ou de celui ou celle qui prendra soin de lui, et en retour, spontanément, il est entièrement tourné vers cet autre qui prend soin de lui, qui lui manifeste de la tendresse. Sa survie dépend de cette relation. À toutes les étapes de la vie, nous avons besoin de donner et de recevoir ces marques d’affection. C’est dans notre nature, d’être en harmonie avec elles.

Sur le plan de la santé, lorsqu’on se trouve entouré de personnes qui manifestent des sentiments positifs, on se sent mieux et en meilleure santé. En revanche si on est dans un environnement hostile et que nous vivons dans l’insécurité, la peur, le stress, nous nous sentirons non seulement très mal en nous-mêmes mais notre santé s’en ressentira également. Un esprit calme et paisible est un facteur essentiel. La peur, la colère, la haine brisent notre intérieur. Or le calme vient de l’intérieur. La confiance qu’on a de pouvoir faire face aux forces extérieures vient de l’intérieur. Nous avons besoin que soient absentes ces émotions négatives car c’est en fonction de la qualité de notre intimité que nous jouirons du calme et de la paix intérieurs. Cette force nous vient aussi de notre relation avec les autres. Réciproquement on doit être concerné par les autres, et conduire notre vie de manière honnête, transparente, avec franchise et sagesse, et c’est cela qui est la clé du calme et de la force intérieurs. C’est aussi cela qui nous permet, lorsque que nous faisons face à des situations difficiles, de dissiper la colère et la haine, de les empêcher de naitre dans notre esprit. La clé de ce calme intérieur, c’est d’avoir bon cœur, c’est la bonté altruiste.

Je pense qu’il faut vraiment apprendre à apprécier l’importance des marques d’affection que nous avons reçues et que nous sommes capables de donner, et à ce propos je peux vous raconter mon histoire et celle de ma mère. Ma mère était une paysanne du nord-est, illettrée et très simple, mais c’était une femme de très grand cœur. Enfant, j’étais le plus jeune de la fratrie, naturellement la mère a une affection plus particulière à l’attention du plus jeune, de ce fait, j’étais un peu capricieux. Je recevais énormément d’affection, elle me gâtait trop. Dans les villages, dès qu’on est en âge de marcher, on ne se fait plus porter, mais j’aimais bien cela et je désirais toujours que l’on me porte. Sur les épaules de ma mère, je la guidais en tirant l’oreille gauche pour aller à gauche, l’oreille droite pour aller à droite, lorsqu’elle n’obtempérait pas, j’étais un peu agressif, je tapais des pieds — à mesure que Sa Sainteté mimait les mouvements à droite puis à gauche en riant, la salle riait à son tour. Quoiqu’il en soit, je me suis rendu compte plus tard que c’est le grand cœur de ma mère, par toutes ses marques d’affections qu’elle m’a accordé, c’est elle qui a planté en moi les graines de la compassion. Tous autant que nous sommes ici, et à l’extérieur de la salle, nous sommes tous nés d’une mère nous avons en nous-mêmes les graines de cette compassion.
On trouve dans quelques textes du bouddhisme, des histoires qui racontent que certains grands maîtres sont nés d’une fleur de lotus, et je me demande, à demi en plaisantant, est-ce que cela veut dire qu’ils vont éprouver de la reconnaissance et de la compassion envers un lotus ? Nous sommes chanceux parce que nous pouvons apprécier la bonté qu’on nous a donnée. Pour bien saisir l’importance de cette bonté de cœur, regardons dans notre voisinage. On y trouvera des gens qui sont capables de manifester beaucoup de marques d’affections, même s’ils sont matériellement pauvres, on constate qu’ils sont heureux. À l’opposé on peut très bien constater au sein de familles extrêmement riches des gens qui ne se font pas confiance, qui se jalousent, et en dépit de leur richesse, ils ne sont pas heureux. Si on possède les qualités humaines fondamentales, cela nous suffit, le bonheur véritable vient de l’intérieur. Et par chance le potentiel de développer un grand cœur ne dépend pas des conditions extérieures, nous avons la possibilité de le cultiver et de la magnifier.

La science corrobore cette façon de voir les choses, en particulier les sciences médicales. J’ai pu à de nombreuses occasions dialoguer avec des médecins. Le fait d’être libéré du stress, d’avoir l’esprit calme, nous aide à conserver la bonne santé, si nous sommes plus sereins et moins anxieux cela facilite également le déroulement d’un traitement. À l’inverse, lorsque nous sommes en proie à la colère, à la haine, c’est comme si ces sentiments nous dévoraient de l’intérieur. Un esprit calme est bon pour le système immunitaire et le renforce. Cela nous ramène un cette notion de compassion et de bon cœur. J’ai rencontré un scientifique américain qui s’est aperçu que les personnes qui employaient dans leur discours le plus souvent les mots « je, moi, le miens » étaient plus susceptibles de faire des crises cardiaques. Le fait d’être excessivement centré sur soi-même, créé des perturbations, on se sent en perpétuelle insécurité, on garde ses distances, on n’a pas confiance en l’autre, on ferme nos portes intérieures aux autres. Lorsqu’on est prêt à témoigner des marques d’affection, de compassion, on s’ouvre aux autres et avec les autres, on se sent avec eux comme dans une grande famille. Nul besoin de faire de la publicité à propos de soi, nul besoin de se mettre en avant, d’adopter une attitude artificielle. J’essaie toujours de me considérer comme un simple être humain, quelle que soit la personne que j’ai en face de moi, je m’ouvre à mille personnes comme je m’ouvre à une seule, de la même façon. C’est une attitude extrêmement utile pour calmer l’esprit, lorsque tout est trop formel, l’esprit n’est pas à l’aise. En 1954, quand je me suis rendu en Chine, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup trop de protocoles, avance de deux pas, recule de deux pas, fais une courbette, c’est complètement artificiel. Lorsque j’ai rencontré Mao dans l’intimité, j’étais en face d’un être humain.

Un esprit sain dans un corps sain, les deux sont fondamentalement liés. Le fait d’avoir su cultiver un certain calme mental en dépit de toutes les difficultés, me permet de conserver ma joie de vivre, et ma bonne santé. Quand je vois Stéphane Hessel à 94 ans se déplacer sans canne, je suis sûr qu’il a un secret et que ce secret c’est d’avoir un grand cœur, un cœur chaleureux. Il m’a dit avoir écrit « Indignez-vous ! », s’indigner contre l’injustice, n’est ce pas là une preuve de compassion ?

Dans le passé, le monde était plus grand, les distances étaient plus longues à parcourir, les peuples plus éloignés. La plupart de ce qui nous affecte aujourd’hui, l’économie, le réchauffement climatique, l’accroissement de la population, ce sont autant de problèmes qui concernent l’ensemble de l’humanité. En ce sens, le monde est devenu plus petit. Maintenant le bien-être d’une nation, le bien-être d’une famille ou d’une personne dépend d’une solution globale, nous sommes tous affectés par les décisions globales qui sont prises universellement. C’est la reconnaissance de cela qui doit nous faire prendre la mesure de l’enjeu. Nous devons sincèrement promouvoir le sens de la coopération qui s’étend à l’ensemble de l’humanité. Et pour qu’il puisse y avoir une coopération, il faut avoir une vision large des choses, or cela se construit sur la confiance. La confiance est basée sur l’honnêteté, le fait de se comporter de façon transparente. L’honnêteté entraîne la confiance et avec la confiance peut naître l’amitié. Si nous avons des comportements égoïstes, il est très difficile de développer l’amitié. Nous devons faire des efforts sincères et soutenus afin de développer la bienveillance, l’amour altruiste.

Cela ne peut se faire qu’à travers l’éducation.

Même les plus merveilleuses des religions ne pourront être universelles. Seules les valeurs transmises à travers l’éducation sont universelles. Comment faire alors pour que ces valeurs humaines soient plus présentes dans nos éducations ? Car cela semble manquer à l’éducation moderne. Ne serait-ce qu’en regardant la BBC ces derniers jours, je fais le triste constat de cette absence. J’ai l’impression que cette violence, troublante dans un pays civilisé, tranquille, où la société est depuis longtemps démocratique, cela est à questionner. Constater de tels comportements m’a profondément choqué. Il me semble que quelque chose manque dans l’éducation et a conduit ces jeunes à commettre de tels actes. Si on favorise la paix, le dialogue dans l’éducation, il y aura plus de chance que chacun puisse se comprendre. La notion de non violence et la promotion de la paix pourraient avoir une influence sur les comportements.

En France il y a une bonne éducation. La révolution française, les lumières ont contribué à cela. Il faut continuer de penser l’éducation, et ne pas nécessairement critiquer tout le monde, tout le temps, continuer à faire des recherches, trouver un antidote à la violence et la malveillance.
L’une des attitudes et des qualités que nous devons développer le plus, c’est le sentiment de responsabilité globale. La paix dans le monde ne naît pas de quelques prières, nous devons agir, chacun d’entre nous doit agir, nous devons tous faire quelque chose et agir avec persévérance pour changer notre attitude.

Le XXe siècle a été le plus sanguinaire de toute l’histoire de l’humanité. Si nous pouvions seulement en tirer les leçons et construire un siècle de dialogue, pour résoudre les conflits. Lorsque nous avons des problèmes nous devons nous asseoir face à face, et parler — le public applaudit.

Il existe plusieurs approches : introduire d’avantage les notions de valeurs humaines au travers de l’éducation et de façon séculaire ; réduire le faussé qui sépare les riches et les pauvres aux niveaux international et individuel ; faire en sorte de réduire la corruption et toutes ces autres formes de conduites qui minent notre société. Nous avons besoin de volonté, de détermination, et cette force ne peut venir que de l’intérieur, si nous nous sentons le plus intimement concerné par le sort de l’humanité.

Et c’est cela qui je voulais partager avec vous. »

La Dalaï Lama est ensuite allé s’installer sur le canapé près de Stéphane Hessel qui l’a chaleureusement applaudi et remercié. Matthieu Ricard a ensuite posé les questions du public à Sa Sainteté :

« S’engager en politique est-il compatible avec une vie spirituelle ? Ne finit-on pas par sombrer dans plus de confusion de l’esprit ?

C’est une bonne question, je me rappelle qu’en Inde, il y a quelques années, l’un des ministres d’une province qui voulait faire preuve d’humilité, disait à son sens que la carrière politique était incompatible avec la spiritualité. Je ne suis pas d’accord. L’état d’esprit d’un homme politique affecte des millions de gens. Il est essentiel que le politicien puisse cultiver des valeurs humaines au moyen d’une certaine spiritualité. Si un ermite a de mauvaises pensées, ce n’est pas grave, elles n’affecteront personne. Par contre les actes et les pensées d’un politicien auront de l’influence sur beaucoup de gens. Il est donc nécessaire que chaque politicien ait des valeurs. Cela ne veut pas dire que des chefs religieux doivent diriger des nations, ils le peuvent, sur le plan spirituel. Dans mon cas, je continuais à avoir une position un peu duelle, au cours des dernier mois, j’ai mis fin à cela et j’en suis très heureux.
Il y a quelques temps, j’ai rencontré un groupe d’étudiants indiens qui en représentaient plus de vingt-mille. Ils m’ont dit qu’ils étaient fatigués de la politique, que la politique est sale. Ce n’est pas la bonne manière de se comporter. La politique affecte la nation et le bien-être de chacun, ce n’est pas en se mettant à l’extérieur qu’on peut améliorer les choses. S’il est vrai que la politique est sale, il faut entrer à l’intérieur et la nettoyer — rires dans l’assemblée. Et la meilleure façon de le faire c’est de s’engager en portant ces valeurs humaines : l’honnêteté, la transparence, le bon cœur et la compassion. S’il arrive en France que la politique soit sale, c’est à vous d’acter et de nettoyer la politique française.

Lorsqu’un enfant meurt, comment des parents peuvent-ils retrouver la bonheur après une telle tragédie ?

Tout dépend bien sur, si nous sommes croyant ou non. Si nous croyons en une religion théiste, on doit pouvoir trouver une consolation dans l’amour divin, même si on ne comprend pas les tenants et les aboutissants d’une telle tragédie. Si nous sommes plutôt bouddhistes, dans une continuité causale, la tragédie se prépare de longue date et remonte à des causes très lointaines dans le passé, cela peut nous inviter à avoir moins le sentiment d’être révoltés. Si nous ne sommes pas croyants, nous devons être réalistes, à quel point de sombrer dans le désespoir nous permettra de prendre le dessus sur le drame et de nous rendre utile dans la douleur de nos proches ? Un philosophe bouddhiste, Shantideva, nous dit que lorsqu’une tragédie survient, s’il y a une solution il faut l’appliquer et alors il ne faut pas s’inquiéter. S’il n’y a aucune solution il n’y a alors pas plus de raisons de s’inquiéter et il ne faut pas non plus sombrer dans le désespoir. Pour vous parler de ma propre expérience, quand un de mes tuteurs est mort, quelqu’un en qui j’avais une immense confiance, sur qui je m’appuyais comme on s’appuie sur un roc, sa disparition m’a immensément troublé. Il m’a fallu transformer cela en quelque chose de constructif, la seule façon que j’ai trouvée, c’est de me rendre digne de sa mémoire et de son enseignement, et notamment celui de mener une vie constructrice.

Nous avons une tendance à culpabiliser facilement, quelles sont les causes et comment peut-on s’en libérer ?

Dans le cas des spiritualités non théiste on met l’action sur les lois de causes à effets, il est fort possible que nous ayons fait des erreurs par le passé, on peut éprouver du regret si on a commis des erreurs et ne pas se sentir déprimé ou se sentir coupable, regretter c’est aussi se dire qu’on peut remédier à ces erreurs. J’ai la capacité de créer de nouvelles conditions et de ne pas répéter ces mêmes erreurs, cela réduit les effets négatifs de l’erreur qu’on a pu commettre. Je pense que c’est la meilleure façon d’utiliser ce sentiment et d’être en paix pour progresser.

Comment soutenir un proche qui subit une dépression ?

Lorsque nous tombons en dépression, que nous somme en mal-être, tourmenté, cela est dû à un ensemble de causes et de conditions. Il faut d’abord se livrer à une investigation. Quelles sont les causes et les racines qui affectent mon état mental, c’est cela qui va nous aider à identifier notre mal. Concernant la mort de mon tuteur, j’étais fort malheureux, en essayant de comprendre mon trouble, je suis allé à la racine profonde des causes de ma souffrance et une fois ces causes identifiées, j’ai pu les combattre. Par ailleurs, face à de telles difficultés, si on les regarde de trop près, si on a le nez dedans pour ainsi dire, on n’est pas capable de prendre une certaine distance. Si on regarde de plus loin, on parvient à comprendre que de telles difficultés affectent aussi des millions d’autres personnes dans le monde. D’autre part je pourrais considérer ces difficultés sous différents angles. À distance, on voit le problème sous toutes sortes d’angles. En 1959, j’ai perdu mon pays, c’est un événement qui m’a très fortement attristé, mais le fait d’être parti à travers le monde m’a ouvert toutes sortes d’opportunités et de possibilités, ce qui m’a permis de considérer ce problème sous un angle différent.

Dans notre monde où l’argent est devenu le maître, dans ce monde où il devient de plus en plus difficile de vivre, comment faire pour garder l’esprit enthousiaste et confiant en l’avenir ?

Je crois que nous devons développer une manière plus holistique des choses. Certes l’argent a une importance et son usage participe à notre bien-être, mais c’est loin d’être le seul facteur qui nous permet de construire notre bonheur. Considérons tout ce qui nous permet de développer le sentiment du bonheur. Le facteur humain, comme l’amitié, cela ne peut pas s’acheter, ni se contraindre, c’est uniquement par la bienveillance l’ouverture et la chaleur, qu’on peut se faire un ami. À un animal, ça lui est complètement égal de savoir si son maître est riche ou pauvre, ce qui compte c’est la manière dont il est traité. On m’a donné quand j’étais jeune un perroquet. Très joli. Un de mes tuteurs l’aimait beaucoup et était très gentil avec ce perroquet, dès qu’il s’approchait, le perroquet reconnaissait même le bruit de ses pas, il était tout heureux à l’idée de sa venue. Le tuteur lui donnait des noix qu’il régurgitait en partie pour les lui redonner. J’ai alors éprouvé un peu de jalousie. Pourquoi le perroquet n’était-il pas aussi gentil avec moi ? Je lui ai donné quelques noix mais cela l’intéressait moins. Alors je l’ai tapé avec un petit bâton sur le nez (rire dans l’assemblée), et là, c’était terminé. Il n’y aurait plus jamais d’amitié entre nous. Il n’y a que la compassion qui nous lie avec l’autre.

Comment peut-on accompagner quelqu’un sur le point de mourir ?

Peu importe sa croyance. Quoi qu’il en soit, concernant les derniers moments de la vie, il est essentiel de favoriser la sérénité. Il faut soi-même avoir cette sérénité à l’approche de la mort, il ne faut pas avoir trop d’attachement à ce qu’on laisse derrière nous, cela trouble notre sérénité. C’est la fin de la vie, il faut demeurer en vie sans s’attacher à ce qu’on laisse derrière et avoir l’esprit tranquille. »

Mettant fin à la séance de questions, réponses, le Dalaï Lama tient à remercier tous ceux qui sont venus l’écouter.

« Je voudrais vous dire que je suis très heureux d’avoir passé ces trois jours à Toulouse pour un enseignement et puis aujourd’hui pour partager avec vous des pensées sur les grands défis de notre monde moderne. Je remercie le public, ceux qui ont organisé l’événement. Je vous remercie pour la manière attentive avec laquelle vous avez écouté ce que j’avais à dire, d’avoir pris du temps pour venir ici, alors que vous auriez pu aller gagner de l’argent ou en ce weekend férié, faire un pique-nique dans un parc.
Je pense que nous devons réfléchir très sérieusement au fond de nous-mêmes et utiliser ce qui nous semble être utile et ne pas écouter superficiellement. Si dans ce que j’ai dis il y a des choses que vous trouvez utile, utilisez-les, sinon, laissez-les tomber, n’en soyez pas inquiets. »

J’ai quant à moi spontanément envie de rebondir sur beaucoup de points de ce discours. Sur l’affection notamment, affection du corps, affection de l’âme, faisant référence à mon article précédent sur Spinoza. Ensuite sur cette particularité de l’homme que précise le Dalaï Lama, concernant sa sociabilité naturelle, l’animal politique évoqué par Aristote, et réfuté plus tard par Hobbes et Rousseau d’une autre façon. Aussi, cette reflexion utilitariste, du plus grand bonheur pour le plus grand nombre de John Stuart Mill, que chacun à droit à ne pas souffrir et au bonheur. Cette compassion peinte dans les tableaux de Greuze, et décrite dans les « Salons » de Diderot sous le nom de commisération et qui constitue une pédagogie des sentiments, nous inclinant à parfaire notre comportement moral. Également ce thème qui m’est si cher, de la relation, de notre possibilité d’exister par rapport aux autres, à travers eux et avec eux. Mais cela fera l’objet d’un prochain article. En attendant, pour tous ceux qui souhaiteraient publier ce contenu sur leur blog, n’oubliez pas de préciser que ce sont des notes que j’ai prises au vol sur une traduction de Matthieu Ricard, faite en alternance avec le Dalaï Lama qui lui parlait en anglais, et qu’elles peuvent donc par conséquent comporter quelques erreurs.

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Spinoza, une étude du Scolie de la Proposition 2, Éthique 3.

À travers cette proposition, il semblerait que Spinoza veuille réaffirmer ce qu’il a déjà clairement démontré dans la deuxième partie de l’Éthique, et qu’on retrouve dans la démonstration de cette proposition à savoir que l’Âme en tant que chose pensante est déterminé selon le mode de Penser alors que le Corps en tant que chose mouvante est déterminé selon le mode de l’Étendue, ces deux modes issus de la même substance divine répondent à des enchainements de causes et d’effets distincts, Âme et Corps par leurs natures ne peuvent donc se déterminer l’un l’autre. Une fois clairement établie, cette proposition implique d’importantes conséquences quant à la manière dont sont affectés les hommes en tant qu’ils sont une Âme et un Corps. Pour autant ce concept reste totalement incongru à un esprit façonné de longue date par l’idée que l’Âme est non seulement séparée du Corps mais peut également infliger une volonté à ce dernier, ce qui ne doit pas se concevoir d’un point de vue Spinoziste.
Éthique III « De l’origine et de la nature des affections »

Proposition II
Ni le Corps ne peut déterminer l’Âme à penser, ni l’Âme le Corps au mouvement ou au repos ou à quelque autre manière d’être que ce soit (s’il en en est quelque autre).
Par le Scolie de cette proposition Spinoza nous emmène bien au delà de la pensée dualiste, acquise depuis Platon. Premièrement, en nous confrontant à des exemples, l’auteur vise à nous rappeler notre ignorance de la vraie connaissance du Corps et de l’Âme, de leur puissance respective d’agir. Et deuxièmement, il ouvre tout une possibilité nouvelle de compréhension des affections humaines en ce qu’il propose une structure originale de la nature de l’homme, un être constitué d’un Corps et d’une Âme qui coïncident et non pas une Âme en tant que substance habitant dans un Corps constitué d’une autre substance. L’Âme et le Corps sont issus de la même substance, ils ne répondent pas aux mêmes passions, ni aux mêmes affections, pour autant ils les subissent dans le même ordre, ce qui implique que l’homme, parce qu’il fait ainsi, par Nature, subit concomitamment les affections de son Corps et les passions de son Âmes.

Le Scolie de cette proposition met donc en place tout un processus de pensée qui vise à démonter l’idée fausse selon laquelle notre Âme gouverne à notre Corps, mais tout à la fois invite à ne pas considérer que l’inverse pourrait se produire : que le Corps pourrait contraindre l’Âme. Pour instaurer cette originalité, l’idée à laquelle il faut s’attaquer le plus fermement, car la plus communément admise, est celle selon laquelle l’Âme est seule responsable et seule affectée quant à l’affliction ou la joie, c’est une source de méprise et d’ignorance qui ne permettra pas si on la conserve de comprendre le processus véritable d’affection selon Spinoza. Par ce Scolie, s’entreprend donc la difficile tâche de redonner, voire de donner une puissance au Corps, une égalité d’importance d’avec l’Âme, et reformuler ce que devrait être la vraie Nature humaine.

Ainsi, après avoir introduit sa pensée dans la toute première partie du Scolie, Spinoza commence par poser la question que le monde ne se soucie plus de se poser : que sait-on de la puissance du Corps ? Que connaît-on de son potentiel réel par l’expérience qu’on en a fait ? Deuxième question, nul ne sait non plus de manière concrète en quoi « l’Âme meut le Corps ». Dans de telles conditions d’ignorance, impossible d’expliquer concrètement les origines d’une action humaine. Consécutivement, Spinoza rappelle également ce que l’on sait ou croit savoir par l’expérience, 1° « Le Corps serait inerte si l’Âme humaine n’était pas apte à penser »  donc que le Corps sans l’Âme ne peut agir et 2° « il est au seul pouvoir de l’Âme de parler et de se taire » donc que l’Âme impose éventuellement au Corps sa volonté. Spinoza entame alors un second moment qui démontrera la possibilité de tirer d’autres conclusions de l’expérience, du somnambulisme, de la volonté soi-disant libre de parler ou de se taire. Il sera question à la fin de cette seconde partie de liberté, de celle que nous présumons posséder quand nous n’obéissons tantôt qu’au décret de l’Âme (la volonté de la pensée) ou à la détermination du Corps (la volonté du Corps). Suivre une volonté mue par la satisfaction d’un appétit de l’Âme ou une impulsion du Corps n’est pas liberté, c’est avant tout affaire de connaissance des causes de nos actions et nous verrons qu’elle n’est autre que l’appétit lui-même. Dans un complexe et dernier moment du Scolie, Spinoza poussera le raisonnement à son paroxysme en explorant l’expérience du rêve et de ce qu’il permet de conclure quant à notre fausse croyance du libre décret de l’Âme. Il convient, afin de préciser ces notions définitivement inédites et difficiles à saisir pour un esprit cartésien, de reprendre linéairement l’analyse des propos de l’auteur et d’essayer d’en déployer la portée.

Spinoza initie son Scolie en nous renvoyant au Scolie de la proposition VII, Partie II, qui avait expliqué la simultanéité des événements, qu’ils se produisent sous un mode de Penser ou de l’Étendue, l’enchainements des causes et des effets se produit entre les choses et entre les idées dans le même ordre. D’où l’emploi du terme « concordance » entre ce qui se produit dans l’Âme et ce qui se produit dans le Corps. Il s’agit d’une concordance naturelle en ce que l’Âme et le Corps sont les attributs d’une même substance qui constitue pour chacun une cause initiale, conséquemment l’ordre des passions et des actions de l’Âme et du Corps coïncide. Sans doute pour réaffirmer à quel point cette idée est vraie, Spinoza renvoie sans plus y faire référence, à la démonstration de la proposition XII de la partie II. Celle-ci disait que si l’idée d’un objet existe en Dieu, que cette idée arrive dans l’Âme, parce que l’Âme se constitue par Nature en Dieu substance unique et infinie, l’Âme doit nécessairement percevoir cette idée par un principe d’immanence. Sont démontrés ici les liens entre ce qui existe en Dieu et la manière dont cela doit nécessairement se percevoir dans un mode de Dieu, que ce soit dans l’Âme ou dans le Corps. Ce qui enrichie une fois encore la démonstration de la véracité de la proposition II.

À ce point débute dans le Scolie ce que nous expliquions plus haut, à savoir qu’une telle vision de la nature humaine ne peut être acceptée par un « esprit non prévenu » et que selon l’auteur, il sera nécessaire de passer par une « confirmation expérimentale », de faire appel donc à la Raison pour comprendre des phénomènes constatés dans les sociétés humaines. Cela devra passer par une réhabilitation du Corps et de son importance, dévalorisé par le fait que le plus grand nombre est persuadé que l’Âme, par son « art de penser » meut le Corps, et qu’on en déduit que le Corps est une chose sans vie propre, une enveloppe dépendante d’un pouvoir, d’une « volonté » dira Spinoza, autre que celle qui lui est propre, en l’occurrence celle de l’Âme. L’auteur en appelle donc à notre Raison et à l’expérience pour nous remémorer ces questions que l’on se pose quant à l’action de certaines fonctions du Corps qui échappent à notre connaissance, il prendra comme exemple l’étrangeté des comportements provoqués par le somnambulisme « cela montre assez que le Corps peut, par les seules lois de la nature, beaucoup de choses qui causent à son Âme de l’étonnement ». Par cette formulation de phrase on peut tirer deux enseignements et saisir une fois encore plus précisément la pensée de Spinoza. D’une part, l’ordre de possession est inversé, Spinoza insinue qu’à chaque Corps appartient une Âme et non plus qu’à chaque Âme appartient un Corps. D’autre part le Corps « peut » et ce qu’il peut produit de l’étonnement dans l’Âme, c’est bien qu’il a un pouvoir et qu’il existe une interaction simultanée, l’étonnement survient alors que le Corps acte. En outre et pour terminer cette entrée en matière, Spinoza rappelle qu’il n’est pas non plus porté à notre connaissance « par quels moyens l’Âme meut le Corps ». Sans quoi tout ce que l’Âme pourrait imaginer faire produire au Corps elle en aurait la potentielle légitimité si c’était elle qui gouvernait au Corps, or on sait bien que mécaniquement le Corps possède ses propres limites par le simple fait de sa nature, un coude se plie dans un seul sens. Si bien que ne pas être étonné par ce principe élémentaire de physique révèle en fait une pure et simple ignorance des ce que sont vraiment l’Âme et le Corps ! De la même manière, Spinoza ironise sur la façon rocambolesque et l’impertinence avec laquelle un esprit parle cependant qu’il ignore totalement « la vrai cause d’une action ». Là est tout le problème posé à l’introduction de cette troisième partie de l’Éthique, la connaissance vrai de l’origine et de la nature des affections. Une fois bien échaudé par ces attaques successives contre cette ridicule pensée dualiste, le lecteur sera prêt à accueillir avec intérêt l’argumentation suivante.

Continuant dans cette deuxième partie à explorer ce que l’on peut tirer avec plus ou moins de certitude de l’expérience, Spinoza fait deux constats : 1° on sait que sans la capacité de l’Âme à penser, le Corps serait inerte et 2° de manière plus nuancée, puisque l’on sait ou croit savoir de l’expérience que l’Âme est a priori toute puissante sur l’acte de parler ou de se taire, on le suppose parce qu’elle produit en son sein une pensée organisé dont le Corps n’a la charge que de le véhiculer. La suite de cette seconde partie du Scolie va consister en une mise à l’épreuve de ces deux déductions tirée de l’expérience. Spinoza ébranle le premier argument en interrogeant l’idée des conséquences d’un Corps inerte sur la pensée, en effet la mort du Corps, voire sa léthargie, ne rend-il pas inapte la pensée ? L’énoncé suivant mérite éventuellement une interprétation plus poussée. Quand Spinoza nous dit que « l’Âme n’est pas toujours également apte à penser sur un même objet et qu’en proportion de l’aptitude du Corps à se prêter au réveil de l’image de tel ou tel objet, l’Âme est aussi plus apte à considérer tel ou tel objet », ainsi peut-on éventuellement comprendre que selon le degré d’éveil, pourrait-on dire d’ouverture ou da capacité à percevoir les images des objets, il existe une interaction directe de proportionnalité à concevoir cet objet en pensée, plus précisément à avoir même « l’aptitude » à penser cet objet. On en déduirait alors, de l’expérience qu’un objet qui rendrait le Corps insensible à sa perception n’aurait aucune existence dans la pensée et qu’au contraire un objet accaparant le Corps par la profusion de ses images rendrait l’Âme tout autant alimentée d’idées et chacun se verrait simultanément, en proportion et en concorde, affecté et passionné. Les remarques sur ce premier constat que l’on tire de l’expérience ne permettent pas de dire précisément si l’Âme est maîtresse du Corps, ou si c’est l’inverse qu’il faut déduire, l’expérience permet cependant d’affirmer que les deux sont plus qu’envisageable, car ils se produisent en effet. Le Corps de l’homme ne peut expliquer à lui tout seul l’érection de temple ou la création d’objet d’art, l’Âme semble guider le Corps dans l’ouvrage, mais d’un autre point de vue le Corps du somnambule n’obéit plus qu’à lui même alors que l’Âme sommeille, chacun à donc un potentiel qu’il faut lui reconnaître. Pour finir, Spinoza rappelle que jusqu’à présent l’Art de l’homme n’a jamais égalé l’Art de la Nature en ce qu’elle a produit le Corps humain, chose infiniment plus complexe que la moindre architecture humaine, c’est une chose cependant naturelle en ce que l’homme est issu d’une substance infinie alors que lui-même est un être fini.

Spinoza déploie dans un second temps, un argumentaire autour de l’idée que l’on se fait de la liberté en général et de nos actes en particulier. D’un certain point de vue, parce que l’homme parle, ou se tait, qu’il pense le faire parce qu’il le veut, par la volonté de la pensée, il se décrète libre. Or Spinoza nous dit qu’il s’agit là d’un jugement sur les conséquences et non sur les causes, l’acte de parler est l’aboutissement d’une chaîne de causes qui sont nécessairement gouvernées par l’appétit. C’est l’ignorance de ce fait qui conduit l’homme à se penser libre. C’est un principe avéré par l’expérience car en effet, le fait d’être peu affecté par une chose, nous permet un certain contrôle sur notre pensée et notre Corps. Que dire alors d’une chose qui nous affecte vivement ? Il devient impossible dans ces conditions d’avoir un quelconque contrôle sur son Âme et son Corps. Ni l’Âme ne gouverne le Corps, ni le Corps l’Âme, ce sont les appétits qui induisent nos actions, les causes sont d’abord externes, et en ce qu’elles modifient notre Âme et notre Corps, l’acte humain se produit et tend vers la satisfaction des appétits, la décision qui est prise n’est pas décrétée par l’Âme ou le Corps, elle est mue par l’affection, c’est l’affection qui initie l’action. « Nous voyons le meilleur et faisons le pire » ce n’est qu’en acquérant la connaissance du processus d’affection de l’Âme et du Corps, que l’homme pourra connaître la liberté et utiliser sa puissance d’agir afin de voir le meilleur, et faire le meilleur.

Pour nous rappeler la complexité du processus qui conduit l’homme à agir, Spinoza amorce ici une distinction dans les événements qui se produisent tantôt dans l’Âme, tantôt dans le Corps, et qui conduira à la troisième partie du Scolie. En effet, puisque chacun est gouverné par ses appétits, il arrive parfois que l’Âme suive un appétit que le Corps ne soit pas disposé à soutenir, de ce conflit naît le trouble et l’absence d’action, les volontés du Corps et de l’Âme s’annulent ; d’une même façon une personne sans affections, parce qu’elle n’a pas d’appétit à suivre, errera au gré des pensées et des vents, dans l’impossibilité d’agir par sa volonté propre. Spinoza en déduit que l’homme subit certes les affections de deux manières différentes, dans son Âme et dans son Corps, mais que de toute façon ces affections n’aboutiront qu’à une seule action, ce qui renvoie au caractère simultané du processus d’affection de l’Âme et du Corps, « le décret de l’Âme et la détermination du Corps, sont une seule et même chose ». Il reste à pousser l’argumentation à son paroxysme.

Précédemment nous avons vu que l’homme pouvait croire indument au libre décret de son Âme lorsqu’un souvenir lui permettait de contraindre une affection légère, lui permettant ainsi d’avoir une impression de contrôle sur ces actes. Dans ce troisième et dernier mouvement du Scolie, Spinoza cherche à prouver définitivement la cohérence de sa proposition en la poussant jusqu’à l’expérience du rêve. Le rêve, en ce qu’il est constitué de souvenirs, d’idées, d’images d’actes, permet d’offrir un éclairage tout particulier sur la problématique du libre décret de l’Âme et de la méprise des hommes à se croire libres alors qu’ils ne le sont pas. Il permet de questionner la valeur même des idées, en effet, exprimées dans le rêve, les idées n’existent que par elles-même. Qu’entendre alors par souvenir ? Partons de l’idée qu’il s’agisse d’une empreinte dans la mémoire du point de vue de l’étendue, marquée physiquement sur le Corps, et d’une image résiduelle du point de vue de la pensée, matérialisé métaphysiquement dans l’Âme. Considérant cette définition, il est clair d’affirmer comme le fait Spinoza dans ses exemples que le Corps ne peut librement prononcer un mot en l’absence du souvenir de ce mot, tout comme il est clair que l’Âme ne peut librement supprimer une empreinte physiquement imprimée sur la matière corporelle. Nos souvenirs sont donc constitués exclusivement d’idées fabriquées de notre expérience faite dans l’état de veille. Premièrement, parce que dans la veille nous croyons parler ou nous taire d’un libre décret de l’Âme, il est légitime de penser que nous parlons en rêve par libre décret de l’Âme ; deuxièmement nous cachons par libre décret de l’Âme ce que nous savons en rêve pareillement qu’à l’état de veille ; nous rêvons même enfin que notre Âme commande librement à notre Corps de commettre un acte que nous n’osons pas faire pendant la veille. Qu’est ce que cela implique ? Que c’est parce que nous croyons dans la veille que nous sommes libre d’agir par le décret de notre Âme, que nous produisons le souvenir de cette liberté dans nos rêves. Aussi ne faut-il pas confondre… S’il y a une liberté de décret dans l’Âme, elle n’existe qu’en imagination, que par l’existence d’un souvenir produit dans la veille d’une fausse croyance en un libre décret de l’Âme. Ainsi, l’idée de la liberté du décret de l’Âme se forme tout naturellement dans l’idée d’elle-même tout comme « se forme nécessairement les idées des choses existant en acte ». C’est ce que Spinoza avait énoncé dans la proposition XLIX de la partie II. L’idée enveloppe l’idée d’elle même par un principe naturel. Par le brio de cette démonstration paroxysmique, Spinoza se permet alors un bel effet de style : croire que l’homme agit librement par décret de l’Âme ou par détermination du Corps revient à rêver les yeux ouverts ! Magnifique !

Voilà que s’ouvre une voie qui changera définitivement la perception de certains grands penseurs en ce qu’elle propose une anthropologie tout à fait originale, inédite et bouleversante. Le Corps qui n’a pratiquement pas eu de place dans l’histoire de la philosophie quant à son rôle dans l’explication des agissements humains, trouve ici son équivalence dans nulle autre que l’Âme elle même. Il convient dorénavant de se pencher définitivement sur son analyse, sur sa connaissance et sa compréhension pour prendre pleinement conscience du processus d’affection que subit l’homme. Car si l’on en croit Spinoza, ce n’est qu’en comprenant, qu’en acquérant la connaissance des processus d’affection, que l’on pourra comprendre les actes d’un homme, rappelons-le, c’est bien l’affection qui conduit l’acte, en tant qu’il en est la cause.

Il faut aussi comprendre que par nature, l’Âme et le Corps subissent des modifications différentes en ce qu’ils sont deux modes différents, pour autant il est nécessaire de saisir, parce que l’une comme l’autre sont issus d’une même substance, les affections subies interviennent dans le même ordre, simultanément.

Reste que les exemples choisis par Spinoza ouvriront eux aussi la voie d’un nouveau champ d’analyse, par l’expérience. Le somnambulisme, le rêve, le non-dit, le caché, l’exprimé, le souvenir, on peut y sous entendre l’hypnose, le lapsus, le conscient et l’inconscient, autant de sujet d’analyse et d’expérimentation qui permettront de mieux comprendre l’homme en repensant la place du Corps, du désir, de l’Appetit, et questionner ses actes et sa liberté d’agir dans sa relation aux autres, plus généralement dans la société, plus particulièrement face à lui même. Ces questions posée par « l’Éthique » conduirons à l’avènement de la psychologie telle qu’on la connaît de nos jours depuis Freud, et qui trouve sans aucun doute, à ce qu’on a pu voir, son origine dans l’œuvre de Spinoza. On peut regretter cependant que le terme même de « psychologie » n’ait pas évoluer depuis Platon ou Aristote… Nous qui savons, je crois, aujourd’hui que celui qui ne s’occupe que de l’Âme ne soigne pas le corps, et que celui qui ne s’occupe que du Corps ne soigne pas l’Âme, pourquoi n’avons nous toujours pas rendu grâce à la pensée Spinoziste ? Pourquoi n’avoir pas changé cette terminologie désuète, dualiste, platonicienne, cartésienne, de « psychologie » ? Peut-être même que de choisir un terme plus juste aurait évité de voir chaque jour se confronter les courants psychanalytique et cognitivo-comportementaliste…

Il n’y  pas que l’Âme qui exprime un logos, il y a aussi le Corps ! Assumons aujourd’hui ce changement de paradigme opéré par Spinoza en 1677, rendons lui cet hommage, bannissons donc la Psychologie et pratiquons dès à présent la Psychosomatologie !

La Pensée, le Corps, leur Langage.

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L’heure – Contre les violences faites aux femmes

Je le sens si brutal, sait-il au moins qu’il l’est ?
Comment fait-il cela, pénétrer si secret
Dans mon intimité, sans avoir demandé
Si je consens ou non, de le lui accorder ?

Sors, ne reviens jamais, toi si vil, toi si laid
Qui est entré en moi et a tout massacré
La beauté, l’élégance, qu’aujourd’hui j’ai bridé
De peur que tout s’étale, en dehors, dénudé.

Chaque jour ils sont tant, de bouchers, d’abatteurs
Qui ne se soucient pas où ils vont, ce qu’ils tuent
Et le font sans pudeur, dans nos corps, dans nos cœurs.

Partez maintenant ! Car nous n’avons plus peur
De vous montrer du doigt ! D’autres qui se sont tus
Seront tous avec moi, contre vous, il est l’heure.

 

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S’indigner, résister, créer, un débat / conférence d’Edwy Plénel en Arles

Par où commencer ? Peut-être l’ai je déjà fait, peut-être suis-je en train. Commencer, mais commencer quoi ? Je ne sais pas bien non plus. Pourtant les idées bouillonnent, les envies naissent, l’oreille se tend, le coeur s’entame, je suis dans la brèche, j’écris, je témoigne et je crée.

Je suis aux Suds à Arles depuis hier, 11 juillet 2011, pour encore tout le reste de la semaine. Chaleur de plomb, bières et tapas, programmation éclectique, culture et farniente, quel moment plus idéal pour se mettre au diapason du monde, se laisser porter par ce qui vient, ce qui passe et vous attrape au détour d’un évenement inattendu. C’est ainsi qu’aux alentours de 13h30, assi à une table en terrasse, impatient de voir arriver l’omelette que j’avais commandée, je consulte le programme du festival récupéré je ne sais où. Un titre m’interpelle : « s’indigner, résister, créer, les lundis de médiapart avec Edwy Plénel ».

Je me questionne sur votre identité Monsieur le Journaliste.

Je me remémore alors le visage sympathique mais non moins determiné du patron de médiapart, me laissant toujours entre deux impressions, discret mais présent, amusé mais sérieux, partisan mais objectif, difficile de cerner le personnage. La mémoire c’est autant d’images qui surgissent de manière plus ou moins cohérente, liées les unes aux autres, les mots, les sons, les odeurs, les sensations en sommes, un tissage plus ou moins dense et riche, celui de notre imaginaire. Dans ce fourbi de liens, je revois ces images de télévision qui montraient Monsieur Plénel atablé avec un groupe de stars du PS, à l’époque cela m’avait posé question, était-il à sa place de journaliste en se rapprochant autant d’un camp alors qu’il conduisait par ailleurs des attaques contre le camp adverse ? Au fond devait-on lui en vouloir de pencher à gauche tout en dénonçant les malversations commises à droite ? En tout cas, moi pas, mais malgré ce, je me demandais qui était cet homme ? Était-il un militant, un journaliste, un homme de pouvoir, de conviction, un entrepreneur ? Ne pouvait-il pas les être tous à la fois, sans qu’on lui reproche pour autant un cumul d’identités, ou même un conflit d’identités ? Qui donc était, qu’est donc cet homme à la moustache ? Cette moustache, que je lie à celle de Brassens, ou encore à cette époque de ma jeunesse où mon père portait encore la sienne. Au delà de la caractéristique physique, tous les trois étaient reliés me semble-t-il, par une certaine sensibilité, seule capable de faire cohabiter douceur et honnêteté — deux exigences difficiles à tenir, tant il faut parfois combattre la malhonnêteté — mais comment se battre avec douceur sinon avec sensibilité ? Comme pour mon père, comme pour Brassens la musique était secondaire. Primeur aux amis, aux mots, au sens et aux valeurs, au pays où tous ceux-là s’enracinent. Je me rappelais enfin que l’homme m’avait touché quelques mois plus tôt lors d’une émission sur France Culture. De toutes ces relations dans mon esprit, je cernais Edwy Plénel entre ces horizons, avais-je raison d’entretenir ce préjugé, quand bien même fût-il exorable ? J’allais quoi qu’il en soit essayer de me rapprocher d’une idée plus claire.

J’arrivai en retard et rentrai donc discrètement, faisant le tour de la salle pour éviter de perturber l’orateur et son auditoire. Je fus d’abord surpris de constater qu’Edwy Plénel était seul en scène, assis derrière un micro. D’ordinaire les orateurs sont présentés ou accompagnés de quelqu’un qui les introduit, sans doute avais-je loupé cette introduction. Par ailleurs, quand ils sont seuls, on a coutume de les voir debout, derrière un pupitre… Bref cela me laissait un drôle de sentiment, je croyais me souvenir avoir lu « débat » dans la présentation, dans ce dispositif, il n’y avait que lui et nous. Soit ! Voilà le débat qui était suscité ou attendu peut-être, entre lui et nous, et surement quelque part, entre nous, cela suffisait bien.

Le discours semblait partir dans tous les sens, c’était l’apparence, au fond chaque chose se liait à une autre. Quelques piliers apparaissaient, quelques points d’ancrage, comme les révolutions arabes, notre histoire, notre passé, mais également donc notre avenir commun. J’aurais d’ailleurs ici du mal, sans avoir pris de notes, à retracer fidèlement le parcours de sa pensée sans trahir son cheminement ; mes mots donc, ce texte que je livre, s’inspireront de l’esprit de la rencontre, disparate dans le contenu, déconstruite dans la progression, mais liée dans l’ensemble autour du thème proposé qui jusqu’à l’issu de l’échange ne m’avait pas paru aussi évident.

S’indigner.

Comment ne pas ? Réellement comment ne pas s’indigner contre le pillage des droits fondamentaux ? Pillage, oui parce qu’il s’agit bien d’un vol. Ces droits de l’homme et du citoyen qui partout dans le monde sont bafoués, usurpés par des dictateurs et que la France, pardon, que le gouvernement représentant (soit-disant) le peuple français, a pris soin de ne pas dénoncer, de soutenir implicitement ou explicitement par consentement. La dignité, scandée par les citoyens tunisiens et égyptiens comme une valeur essentielle, celle de rester debout, face à l’oppresseur qui n’est rien de plus qu’un homme, rien de moins qu’un tyran, est au coeur du combat. La dignité, c’est tout ce qu’il reste à un être humain quand on lui a pris son pain et son toit, c’est la chose qu’on défend en tout dernier lieu, avant de mourir. Et nous, majorité d’occidentaux ayant accès à un ordinateur, qui ne sommes pour l’instant ni dans la faim, ni dehors, s’indigne-t-on ? S’indigne-t-on quand sur nos écrans de télévision, on assiste aux palabres franco-italiens, discutant la possibilité, l’éventualité, la difficulté d’accueillir 25 000 tunisiens nouvellement libres au sein de  notre vieille Europe ? Edwy Plénel de nous rappeler que près de 200 000 libyens fuyant le massacre ordonné par Kadhafi ont été accueillis à bras ouverts par les tunisiens, quand nous en Europe, première puissance mondiale, peuplée de plus de 500 millions d’habitants, nous ne pourrions pas accueillir 25 000 citoyens tunisiens, exaltés par la liberté nouvelle de pouvoir se déplacer dans le monde ? N’allons nous pas, nous, chaque année en millions, visiter, habiter, nous installer dans d’autres pays que celui de notre origine, nous qui avons la liberté de le faire ? Est-ce bien normal de remettre en cause au sein de l’Union Européenne, zone de démocratie sociale, la libre circulation des personnes ? Est-ce bien la seule alternative, se protéger de l’autre, se renfermer sur nous-mêmes ? N’y a-t-il pas encore motif à s’indigner quand des organismes privés, quand des banques voraces, avec la complicité des États, grignotent par lambeaux les pays, les institutions publiques qu’ils contribuent chaque jour davantage à dépecer, à démanteler sans que personne ne trouve à y redire ? Doit-on continuer d’entendre que c’est bien fait pour eux, bien fait pour les grecs, qu’ils n’avaient qu’à élire des dirigeants honnêtes qui n’auraient pas falsifié les comptes et qui n’auraient pas pioché dans la caisses, dans la poche des gens ! Comme si cela ne pouvait pas nous arriver à nous, tiens, des dirigeants malhonnêtes ! Ne sommes-nous pas comme eux, spectateurs abrutis par la télévision, hébétés par les discours alarmistes, apeurés de voir nos notes se dégrader, nos taux d’emprunt atteindre des sommets ? Ne sommes-nous pas aussi de bons et honnêtes citoyens, tous, chrétiens, juifs, musulmans, laïques, noirs, blancs, gays, hétéros, allemands, grecs, portugais, français, ou bi-nationaux ?

Se souvient-on au moins d’où l’on vient ? Qui nous sommes ? Reparlons un instant de ces débats sur l’identité nationale qui n’ont eu pour objectif et pour résultat que de diviser les gens. Posons-nous la question de l’identité. Rentrons dans nos intimités et questionnons nos histoires, nos mémoires. « Edwy », Iza se demandait d’où ce prénom pouvait venir ? Edwy Plénel est breton, et nous témoigna son histoire, nous parla d’un de ses ancêtres jugé par un tribunal en langue française qu’il ne parlait pas ou qu’il baragouinait. Ce mot de baragouin que l’on comprend très bien aujourd’hui pour faire partie de notre langue, définit le parler de quelqu’un qu’on ne comprend pas, qui s’exprime de manière inintelligible. Il provient du breton, et signifie du pain, bara, et du vin, gwin, ce pain noir et ce vin que l’on donnait aux bagnards qui ne parlaient pas un mot de français et qui résistaient contre l’armée française. En me documentant un peu, j’apprends que Madame de Sévigné, dans une lettre du 5 janvier 1675 raconte que des soldats français avaient embroché un enfant breton pour le rôtir ! Des français ! Mais non, les barbares, ce sont toujours les autres, mais qui sont ces autres, le sait-on seulement, s’y interesse-t-on vraiment ? L’occasion de citer Montaigne dans ses Essais sur le cannibalisme (texte en note), valait-il mieux manger un homme mort que d’écarteler un homme vif ? « Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. » Nous sommes la France d’aujourd’hui, tous autant que nous sommes par la multiplicité de nos identités, de nos origines, de nos cultures, de nos provenances, par la reconnaissance de l’universalité des droits qu’elle défend, par la volonté farouche de les défendre à notre tour.

Que ne devons-nous pas oublier ? Que l’armée qui a libéré la France de l’occupation, la force française de libération, conduite par De Gaulle, déchu de sa nationalité française par le régime de Vichy (quelle belle arme que la déchéance de nationalité !), comptait 53 000 hommes dont 32 000 « coloniaux » qui n’étaient pas citoyens français, 5 000 étrangers de la légion étrangère et 16 000 citoyens français. 70% des gens qui ont libéré la France, qui ont fait la France telle qu’on la connait dans ses frontières actuelles, n’étaient pas des citoyens français. Mais encore, que ne devons-nous pas oublier ? Que c’est au lendemain de la guerre que vont se concrétiser les droits sociaux que nous voyons aujourd’hui se déliter sous nos yeux, glisser comme du sable entre nos doigts, c’est d’ailleurs en 2010 qu’un vieux resistant du nom de Stéphane Hessel a encore la chance nous dit-il, mais peut-être aussi l’obligation, l’engagement, de nous rappeler l’histoire, ce qu’ils, les resistants, ont obtenu pour nous, les peuples libres, au sortir de la guerre. Le droit à la santé pour tous, à la liberté de la presse, à la solidarité intergénérationnelle, le droit à une retraite assurant à chacun de finir ses jours dignement, « l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie, le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énérgie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurance et des grandes banques », l’intérêt général devant l’intérêt particulier, c’était la réalité en 1945, c’est en danger aujourd’hui.

Résister.

Devons-nous alors tergiverser sur nos identités comme nous invitent à le faire MM. Guéant, Hortefeux, Besson ou Sarkozy ? Et faire fi de l’histoire de notre pays qu’ils maquillent ou oublient ? Devons-nous laisser les oligarques démanteler la Grèce, le Portugal et tous ceux qui suivront ? Devons-nous nous satisfaire des informations que nous proposent les médias français, heureusement pas tous, mais pour une majorité propriétés de grands groupes industriels ?

Non.

Pensons plutôt comme Edouard Glissant qu’une identité à racine unique est une identité mortifère qui ne pourrait pas survivre, que nos histoires nous composent et que nous qui vivons en France et aimons sa tolérance, sa laïcité, nous qui ne nous cachons pas son histoire dans les détails les plus sordides, mais également dans les lignes les plus belles, nous devons resister. Résister contre un « There Is No Alternative », contre cette idée qu’il n’y a pas d’autre monde possible. Et cette idée là, elle est tenace, elle est pourrie.

Voilà qui pour nous tous, dans cette assemblée, nous convainquait, et chacun des arguments qu’Edwy Plénel avançait nous faisait, je le sentais, converger vers une indignation collective, générale, et salvatrice. Mais que faire de ce sentiment ? Le discours venait de se terminer et je restais sur ma faim. S’indigner, oui, résister, aussi, on savait pourquoi, mais savait-on comment ? Lorsque l’occasion me fût donnée, je saisis le micro et m’interrogeais en public. Je fis d’abord rire l’assemblée quand je dis avoir 31 ans et avoir discuté l’autre jour avec ma mère qui était plus vieille que moi. Cela paraissait évident, et j’avoue que c’était drôle d’un certain point de vue, mais je n’avais pas pensé que cela puisse faire rire. Ce que je voulais dire, c’est que j’avais parlé avec ma mère mais j’avais surtout parlé avec une concitoyenne appartenant à la tranche d’âge qu’on venait d’obliger à cotiser plus longtemps pour toucher une bien maigre retraite à taux plein, amputée par quelques années consacrées à faire notre éducation, à mon frère et moi. On venait de la contraindre par une réforme des plus urgentes, nous avait-on dit, rompant au passage le contrat signé avec l’État lui-même une trentaine d’année auparavant. Et pour cela, elle était descendue dans la rue, manifester, faire la grève, puis elle a dû reprendre le travail, résignée, contrainte une fois encore, pour ne pas perdre trop d’argent et pouvoir payer ses traites. « Qu’est ce qu’on peut faire nous, les petits, contre eux, les puissants ? » m’avait-elle dit, désemparée. « Résister, maman ! Résister ! — Ce n’est pas possible », m’avait-elle répondu, même pas amère, ne pensant même pas que quelque chose d’autre était possible. Ce que je lui affirmais pourtant : « Il y a des alternatives ! — Ah bon ? Mais lesquelles ? »

Créer

Pour moi ici prenait sens le dernier volet de ce débat. Edwy Plénel a souhaité répondre au jeune homme que je suis, à sa question « comment fait-on pour dire à quelqu’un de ne pas avoir peur de l’autre, de ne pas avoir peur de l’avenir, de ne pas se résigner, comment fait-on pour résister ? » il a répondu : « par l’imagination ». Créer, imaginer un autre monde, c’est la marque indélébile de notre empreinte sur lui, comment on décide de l’influencer, reformuler des équations économiques pour que les gens ne soient plus affamés, repenser l’ordre des choses, sentir le pouvoir qui nous appartient et que l’on doit reprendre à ceux qui s’en servent mal, tisser des liens avec les autres, chercher à les comprendre, à les accueillir, à les accepter non comme des barbares, mais comme des miroirs, surveiller notre propre barbarie, exister en redevenant responsables de notre liberté, dessiner, informer, photographier, apprendre, dire, lire et écrire de la poésie, faire ici et maintenant par l’indignation et la résistance, un acte de création, un acte politique, car tout est politique, tout ce que l’homme invente pour investir le monde, pour le rendre meilleur, pour le rendre pire, tout est politique et tout a commencé par l’acte primitif et libérateur de dire Non.

Edwy Plénel, militant, journaliste, breton, français, la liste est non exhaustive et peut s’inventer dans un autre ordre, a choisi d’informer, moi hier, aujourd’hui, j’ai choisi d’écrire, et demain je m’y engage, je créerai encore.

* Michel de Montaigne, Essais, Livre premier, chapitre XXXI, Des cannibales.
Mais ces autres, qui nous viennent pipant des assurances d’une faculté extraordinaire qui est hors de notre connaissance, faut-il pas les punir de ce qu’ils ne maintiennent l’effet de leur promesse, et de la témérité de leur imposture ? Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C’est chose émerveillable que de la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang ; car, de déroutes et d’effroi, ils ne savent que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Aprés avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître, fait une grande assemblée de ses connaissants ; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même ; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée.
Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes ; c’est pour représenter une extrême vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s’étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusques à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens ici de l’autre monde, comme ceux qui avaient sexué la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devait être plus aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.
Je ne suis pas marri que nous remarquons l’horreur barbaresque qu’il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par gênes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entré des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé.
Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque ; ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fut pour notre besoin, et d’en tirer de la nourriture ; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et d’autres personnes inutiles au combat. “ Les Gascons, dit-on, s’étant servis de tels aliments, prolongèrent leur vie. ”.
Et les médecins ne craignent pas de s’en servir à toute sorte d’usage pour notre santé ; soit pour l’appliquer au-dedans ou au-dehors ; mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté, qui sont nos fautes ordinaires.
Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie.

 

 

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Une interview critique de la Monoforme et des Mass Médias, de Peter Watkins

Dans ce monologue qui nous est directement adressé, Peter Watkins nous parle de son travail sur son film « la Commune (Paris 1871) ». Il nous invite notamment à réfléchir sur la façon « monoforme » de faire du cinéma ou de la télévision, employant des procédés de narration formatés pour capter le spectateur le contraignant dans un rapport hiérarchique et de passivité face au message. Il adresse une sévère et louable critique aux médias de masse, au système éducatif qui l’encourage, à la façon dont ils propagent une mono culture dans un monde globalisé, contribuant ainsi à détruire les liens qu’ont les citoyens avec leur propre histoire et spécifiquement pour les jeunes.
Gardons nous du danger d’un média fascinant, discutons le, changeons les formes de narrations en donnant la possibilité au spectateur de redevenir un sujet actant et réfléchissant le message.
Vilnius, Lituanie, 2001

Peter Watkins, rebond pour la Commune (2001) par Xavier_Aliot

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3 juillet 2011, j’ai rencontré Jean-Luc Mélenchon à Lézan dans le Gard.

J’avais espoir d’y faire une rencontre…

Mais laquelle ? D’abord, je n’avais personnellement jamais assisté à ce qu’on appelle je crois un « meeting politique », une rencontre politique donc. Bien sûr il m’est arrivé quelques fois d’assister à un discours de maire, dans une plus ou moins grosse commune, mais jamais il ne m’avait été donné l’occasion de rencontrer une « tête d’affiche » nationale.

Il est 14h30, je me gare en épi dans un champ, je remonte à pied l’allée que je venais de descendre en voiture. L’herbe est sèche, le soleil est au zenith, je dépasse quelques couples, les gens me paraissent globalement plutôt âgés, cela se confirme quand je pénètre dans l’enceinte sous un portique bâché, pas de contrôle, circulation libre des personnes, je me sens un peu seul, me demande un peu ce que je viens faire là, l’envie, la curiosité peut-être ? Cela suffisait bien. Avec moi, pour me sentir moins seul, j’avais pris mon carnet, un crayon 2B, le taille-crayon qui va avec, un stylo bille offert par ma banquière, je l’aime bien, le stylo et ma banquière aussi, lui, fait un trait glissant épais et noir, elle, est souriante, jeune et très accueillante. J’ai aussi mon stylo plume rotring, tout ce beau monde casé avec mon téléobjectif dans mon sac d’appareil photo qui pour l’instant est monté avec une focale courte. Je me demande à ce moment là si je pourrais faire les photos que je veux ? Je ferai attention de ne prendre que les personnages publics de toute façon, il est fort possible que bon nombre de gens qui se baladait en ce magnifique dimanche ensoleillé à Lézan, n’ait envie d’apparaître sur le blog d’un illustre inconnu, au même titre que moi d’ailleurs qui me demande à cet instant si j’apprécierais qu’on me vit et me reconnût à un rassemblement d’individus au coeur bien rouge. C’est idiot, au fond, je savais que j’écrirai cet article, contribuant de ce fait à me dénoncer tout seul comme un grand… M’annonçant peut-être ? Étrange rapport à soi-même que de vouloir afficher à l’extérieur, aux yeux du monde, un intérieur circonspect, pour parvenir quelque part à peut-être mieux le saisir, le contrôler, le connaitre, le dire ?

J’avance et passe vite devant une librairie de fortune, cherchant le lieu de l’événement à venir, le discours du candidat du front de gauche. Le rouge des drapeaux du PCF national, et du PCF gardois complète le vert de la végétation, le jaune des typographies répond à celui de l’herbe sèche qui jonche le sol. Je passe devant le stand du parti de gauche, fait littéralement un tour en somme, il y a une scène de concert, quelques buvettes, les gens sont assis, debouts, ils discutent, il se connaissent, quelques enfants courent, j’attrape quelques rares regards de trentenaires, réponds de-ci de-là à quelques vieilles dames qui sollicitaient un sourire de ma part par leurs mines réjouies d’être là. J’arrive enfin sur un côté où l’on a disposé une petite scène, un pupitre de plexiglas, deux micros, d’énormes baffles bien trop robustes pour n’avoir à encaisser que de la voix (j’aurais bien aimer y brancher ma guitare ou y sonoriser ma batterie), quatre places assises sur scène attendant d’être occupées, quelques affiches, une dizaine de personnes patientant là en face, à même le sol ou bien confortablement installés sur des chaises qu’ils avaient pris quelque part. Ce devait être là. Je m’assois par terre et j’attends. L’occasion d’ouvrir mon carnet et de commencer un petit dessin. Rien de bien intéressant, l’attente, tout au plus, l’occasion de susciter la curiosité d’un très jeune homme qui le temps d’un instant a arrêté sa partie de foot pour regarder ce que je faisais.

La première rencontre, manquée…

J’étais moyennement concentré quand soudain, je sens une attention générale se focaliser sur quelque chose qui approchait. Les gens se sont mis à parler un peu plus fort, les personnes devant moi se sont levées et un groupe d’individus a surgit de derrière l’arbre qui était à ma gauche. Quand je compris que la petite foule qui s’approchait entourait la personnalité nationale que nous attendions tous, bien que récalcitrant à l’idée, je fus contraint de me lever à mon tour pour laisser passer le cortège cependant relativement tranquille. Monsieur Mélenchon s’est attardé sur l’affiche agrafée à l’arbre que j’avais vu sans regarder, ce qui me donna l’occasion de lire ce qu’il y été écrit : « La France la belle, la rebelle ». Était-ce ce qui caractirisait la foule d’aujourd’hui ? Des gens fier d’un France belle, je le suppose dans ses valeurs et dans ses aspirations, une France rebelle, insoumise à l’ignominie d’idées malsaines, résistante ? Cela m’en avait tout l’air. Et même si je trouvais ce jeu de mot un peu facile et convenu, l’idée était bien résumée à qui savait la lire.

C’est toujours drôle de se retrouver à quelques mètres de quelqu’un qui ne vous est apparu jusqu’alors qu’en deux dimensions, cloisonné dans le cadre d’un téléviseur, sonorisé par l’intermédiaire de membranes de carbones, véhiculé par un signal électrique. Mes sens étaient piqués et mon cerveau recevait l’image et le son en direct de mes canaux optiques et auditifs. Devais-je m’avancer, me frayer un chemin parmi ces gens si pressés de le rencontrer, de le toucher, de lui témoigner quelque mots d’encouragement ? Si le corps a l’envie, il est immédiatement retenue par l’intellect, que dit-on à un homme que l’on croit à peine connaître et qui ne vous connaît pas ? Que dire d’autre d’attendu, qu’un encouragement, qu’un bonjour Monsieur, je suis ravi de vous rencontrer ? Était-ce seulement vrai, ou de circonstance ? Est-ce que cela aurait vraiment été une rencontre ? Je ne le crois pas. Les hommes se rencontrent en des occasions bien plus lentes et moins tumultueuses, pas au milieu d’une foule quand bien même amicale et bienveillante. Je me résignais à sourire et prenais soin de laisser le passage à ceux qui le désiraient plus que moi. La vague passée, je me rassis pour terminer mes feuillages. Les gens continuaient de venir, munis de chaises, s’alignant sur la bordure des ombres qui se mouvait lentement. J’allais quant à moi, au bout d’une petite heure passée au même endroit devoir me déplacer, abdiquant face à un soleil qui, à force d’une patience infinie, avait fini par me retrouver.

Le meeting.

Quelques minutes plus tard, les gens applaudirent l’apparition de notre quatuor d’orateurs dominicaux. Je rangeai mon carnet, ouvrit mon sac et montai mon téléobjectif sur mon vieux Canon. Début de la séance de shooting. Même si je n’étais pas venu pour cela, j’avoue que c’est assez palpitant de se retrouver dans un lieu où il se passe quelque chose de suffisamment important pour rassembler des gens en si grand nombre, de s’imaginer parvenir à capturer quelque chose de significatif de ce paysage en déclenchant au moment opportun. Un instant dont on reparle, ou tout du moins dont on garde quelques images, quelques souvenirs. Je me rappellai alors ce qui dans mon esprit se rapprochait le plus de cette « première », un concert d’Iron Maiden au Zénith de Montpellier en 97, quelques temps après mes 17 ans, où j’avais presque réussi à toucher la tête de manche de la basse de Steve Harris. C’est assez amusant quand j’y pense, d’avoir été emporté 14 ans plus tôt dans cette frénésie joviale, j’en garde un excellent souvenir. Sans doute étais-je en train de construire le même genre de trace dans ma mémoire, celle de l’extra-ordinaire, de l’inattendu ? Qu’allait-il advenir de cet instant ? Qu’en retiendrais-je ?

Martine Gayraud lança le bal et pendant une heure, la qualité du discours, dans ce qu’il emporte d’arguments, de verve, de style et de fougue est montée crescendo. C’est fou comme l’aisance d’un orateur peut-être remarquable, à quel point la diction, l’intonation de la voix, la force, la fluidité peut nous conduire dans son flot et nous emporter, c’est un veritable talent que Monsieur Mélenchon possède, cela semble naturel, irréfléchi et incalculé, véritable en somme. Ce n’est pas ce que trahissent pourtant les papiers cornés et mainte fois repliés qu’il consulte fréquemment, son stylo et ses lunettes toujours à portée de main soigneusement laissés à disposition dans sa poche de chemise, son livre du moment laissant dépasser une petite dizaine de marque-pages. Cela semble être du travail, de l’entrainement, de l’habitude, une vie en somme, celle de parler au devant des gens, de réfléchir à ce qu’ils attendent, à espérer trouver une écoute et en écho quelques approbations, quelques forces pour réaffirmer la justesse et la légitimité de son action.

« Ces applaudissements, j’espère que ce sont la marque de votre futur engagement ». Une chose qu’a dite Jean-Luc Mélenchon, il disait n’être là que comme porte parole, ne pas être venu célébrer un candidat, mais en appeler à nous, au peuple, à nous qui applaudissions quand son discours nous mettait d’accord, nous rassemblait, notamment, sur l’importance de sauver l’école républicaine du démantèlement qu’elle subit ; sur l’abjecte situation européenne, les milliards que s’empiffrent les technocrates qui ont prêté à la Grèce à des taux indécents, qui maintenant s’abrogent le droit et le devoir de la racheter pour la « sauver », pour enfin en tirer un nouveau profit ; sur encore l’absurdité d’être un peuple tout puissant, souverain, et de subir le sort qu’un petit groupe d’oligarques décide avec l’assentiment de notre bien lamentable résignation, nous qui ne demandons rien qu’à vivre une vie de citoyens honnêtes et tranquilles, et qui acceptons bien malgré nous mais tout de même, d’être affublé par nos gouvernants actuels du qualificatif déqualifiant d’assistés. Voilà donc une première rencontre, celle d’avec ces idées, elles me hantent depuis un certain temps, et peut-être étais-je hier à ce meeting pour bien m’en rendre compte, pour que cela me saute au coeur, la nécessité d’un engagement politique, l’exigence absolue de résister, d’aller avec « allégresse », je vous dérobe ce joli mot Monsieur Mélenchon, affirmer que nous avons le droit de vivre autrement que dans un monde conduit par le profit, la propriété, l’exclusion, l’intolérance, mais qu’au contraire nous sommes solidaires, que nous avons le droit de vivre libres, de gagner notre pain, de quoi nous abriter décemment et de quoi envisager et posséder notre avenir, personne ne peut nous le voler, personne ne doit pouvoir le faire.

« Notre force, c’est notre nombre et notre intelligence ». Alors qu’en tant qu’homme nous sommes tantôt mus par une volonté particulière, tantôt par une volonté générale nous conduisant parfois à nous incliner à profiter du système, l’idéal de Rousseau nous invitait à signer ensemble un contrat social, tous, sans qu’il ne puisse manquer personne, tous pour que chacun ne se soumette qu’à la seule volonté de tous, et non à celle de ceux qui refusent d’obéir à la volonté générale, la voix du peuple. Le nombre, vous, moi, nous. Notre intelligence, c’est celle qui nous dit silencieusement que quelque chose ne va pas, qu’on doit pourtant entendre et écouter alors que dehors le bruit est assourdissant. Entendre le savant, l’historien, le chanteur, le poète, le visionnaire, le citoyen en chacun de nous qui n’aspire qu’à l’émancipation, l’égalité et la liberté.

« C’est alors que je me suis rencontré ».

J’ai entendu un concitoyen, Jean-Luc, faire appel aux poètes et aux rêveurs, je l’ai entendu dire que le travail ce n’est pas lui qui le fera, non, c’est nous. C’est alors que je me suis rencontré. J’étais sans doute venu, ce jour là, pour entendre plus distinctement la voix qui depuis quelques années m’intime de faire quelque chose. De dire mon exaspération, mon émotion, mon sentiment, mon expression, mon indignation face au dysfonctionnement vers lequel certains nous entrainent sans que nous opérions aucune résistance.

Alors oui, je ne fais que quelques photos, je cherche à comprendre la mécanique humaine, j’étudie un peu de philosophie, je fais quelques films, je m’essaye à la poésie, je ne changerai pas le monde, mais ce n’est pas le plus important. Le plus important c’est de rêver, de croire qu’autre chose est possible, que l’indignation, la résistance, l’écriture, conduisent tôt ou tard à l’action et qu’en étant ce rêveur, je construis mon avenir, et je désire un « Meilleur » pour tous. En écrivant ceci, je crois faire quelque chose, c’est tout juste suffisant mais c’est un premier pas. Et si nous avançons tous d’un pas, tous autant que nous sommes, nous aurons au moins fini de reculer, nous aurons fait un pas vers la seule chose qui nous rassemble et qui vaille le coût de nous rassembler : notre humanité.


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Clavicules, Scapula, Humérus, Radius et Ulna…

Je n’étais pas familier avec les termes de Scapula et d’Ulna, de mon temps dans les cours d’SVT* (ai-je appris ça en SVT ? Je ne sais plus) on parlait d’Omoplate et de Cubitus. Omoplate et Clavicule, Radius et Cubitus, ça sonne tout de même beaucoup mieux que Scapula et Clavicule ou en encore Radius et Ulna… Mais ce ne sont là que les petites lamentations d’un amoureux de la combinaison phonétique !

*S.V.T. : Science et Vie de la Terre, Biologie pour les encore plus anciens ;)

 

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La cage thoracique, le sternum et le cartilage costal

Deux fois douze côtes dont quatre « flottantes » (c’est à dire qui ne sont pas rattachées au Sternum)… Il y en a bien des choses enfermées dans cette cage, à commencer par notre coeur, et nos poumons !

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